où l’on se promène amoureusement du côté des mouettes et des chiens

 

Joie ! Lutz Bassmann alias Antoine Volodine alias Manuela Draeger est de retour ! Pour une superbe histoire d’amour !

 

Petit propos à propos de DANSE AVEC NATHAN GOLSHEM, VERDIER, 2012, COLLECTION CHAOÏD

 

 

Mais oui : dans le monde ravagé par les guerres, les pogroms, les adeptes de la post-révolution permanente, le capitalisme triomphant, les conflits idéologiques, les faits et méfaits de l’humanitarisme, il y a encore et toujours de la place pour les grands sentiments !

 

Le livre de Bassmann pourrait d’ailleurs se lire comme une grande et belle histoire d’amour. Rien d’autre. Vous savez : de celles qui perdurent au-delà des séparations définitives. De celles que perpétuent les survivants quand ils s’assignent un véritable devoir de mémoire, rapportant à l’infini les mêmes faits, les mêmes anecdotes. Le livre de Bassmann est ainsi une invitation à écouter ceux qui survivent. À façonner avec eux quelques gris-gris ou amulettes, voire à lancer l’une ou l’autre imprécation ou mauvais sort !

 

De quoi conjurer la vie dans ce qu’elle a de plus chien, en somme !

 

Car le livre de Bassmann fonctionne comme un totem. Un monument de vent bâti, entre langue des morts et langue des récits, pour que persistent encore les disparus. Les dégommés. Les parias sous-humains – les Tamara Katepelt, Nadia Bromm, Milka Liverpool, Ardour Glimstein, pour n’en citer que quelques-uns… pardon aux autres, deux fois oubliés pour le coup ! – que laisse allègrement de côté le grand rouleau compresseur du monde et de l’histoire en marche.

 

Et comme un totem, Danse avec Nathan Golshem ne s’embarrasse d’aucune fioriture. File droit au but. Enfilant dans l’urgence ses récits et splendides litanies. Ses morceaux de bravoure et sa langue élémentaire.

 

Il suffit de prendre au hasard n’importe quel récit. Celui des Djabayev, par exemple :

 

À la suite d’un épandage d’aérosol antivermine, la compagne de Dorian Djabayev, Aniya Djabayev, perdit la vue, et, quinze jours plus tard, Dorian Djabayev à son tour devint aveugle. On prit l’habitude de les voir errer ensemble dans le quartier, tâtonnant à la recherche de déchets consommables et se redressant au milieu des rues démolies pour gesticuler et exiger de l’aide d’une voix furieuse.

 

Lutz Bassmann ? Facile. Il suffit de se laisser bercer. De suivre cette langue. Précise. Méticuleuse. La façon dont elle pose les choses. Simplement. Une à une. La façon dont elle finit toujours par donner à voir. Un travail aussi méticuleux et simple que le rituel annuel de Djennifer Goranidzé, l’amoureuse folle de Nathan Golshem.

 

Petit résumé de l’affaire.

 

 

DU CÔTÉ DES MOUETTES ET DES CHIENS

 

La sépulture de Nathan Golshem est du côté des mouettes et des chiens. De l’autre côté de la frontière. Chez les déjà morts. Tous les ans, à la première lune d’automne, il faut des semaines à Djennifer Goranitzé pour rejoindre cette tombe hypothétique. Des jours et des nuits pour réveiller Nathan Golshem et l’inviter à deviser. Blaguer. Amoureusement. L’un contre l’autre. Comme jadis. Dans une hutte brinquebalante, faite de bric et de broc. Vieil abri de débris, sacs plastiques, tôles pourries, bouts de bois. Les récits que se racontent Nathan Golshem et Djennifer Goranidzé, la danse magique de Djennifer Goranidzé, tout cela ne dure que le temps que durent les provisions de pemmican. Quelques jours. Quelques semaines.

 

Tout cela pourrait durer toujours en fait.

 

Tant qu’il y aurait quelqu’un pour inventer. Se souvenir ou inventer – c’est la même chose, dans le fond –. Appareiller des coques de noix et des élytres d’insectes morts. Le livre de Bassmann, de même que son art, de même que les récits de Djennifer Goranidzé, ne sont rien d’autre que cela : amalgames, inventions. Plaisir d’assembler des débris de souvenirs, des images rêvées, des bribes de discours et récits entendus, infiniment ressassés. Pour susciter la vie et la sublime rêverie.

 

Bassmann nous livre d’ailleurs ici un superbe plaidoyer pour la force vitale, exaltante, qu’il y a à parler dans la langue des récits. Son éthique, au fond, est hyper claire : le monde – le monde humain, je veux dire, ou prétendu tel – est une chose qui, depuis longtemps, par en couille. On le sait. Ça nous prend à la gorge tous les matins, cette violence, le simple fait de se lever pour gagner sa vie, le simple fait d’entendre comment va ce monde aux infos de sept heures. Dans les récits, dans les danses de Djennifer Goranidzé, dans l’invention qu’elle fait montre pour susciter le corps de Nathan Golshem, il y a pourtant comme une obstination butée. Une envie folle de poursuivre. Prolonger, malgré la perte, ce qu’il y a eu de plus beau. De plus vivant.

 

 

UN ART POÉTIQUE

 

Dans le fond, au-delà ou en-deça des anecdotes qu’ils rapportent, au-delà des passes magiques produites du côté des chiens et des mouettes, les livres de Volodine alias Draeger alias Bassmann ne parlent de rien d’autre : contre l’absolue déshumanisation à l’oeuvre, semble-t-il, un peu partout autour de nous, malgré les pertes terribles et destructrices, il existe des états d’esprits encore intacts. À préserver, coûte que coûte, inviolés. Pas d’autres sens à la magie. Pas d’autres sens à aller voir du côté des pratiques chamaniques des anciens. Du côté de ces frotti-frottas élémentaires avec le monde.

 

Tant qu’il y aura des auteurs comme Draeger alias Volodine alias Bassmann et tant qu’il y aura des lecteurs pour jouer avec eux la langue des récits contre la langue des morts, rien ne sera perdu, jeunes gens ! Ça soufflera toujours dru à l’intérieur de nos têtes dures !

 

Impossible, pour moi, en tant qu’auteur, de ne pas voir là-dedans comme un art poétique. Une façon extrêmement forte, à mille lieues des chromos et du grand-guignol hollywoodien, de poser sa langue sur le monde. Et tout cela, toujours, dans un grand éclat de rire. Car rien de sérieux, là-dedans et la danse de Bassmann, aussi tragique soit-elle, n’oublie pas d’être légère.

 

Jamais.

 

Comme, par exemple, ici, à la fin, quand Nathan Golshem se rendort jusqu’à l’année prochaine :

 

À présent sur la décharge d’ordures poignait la faible grisaille du jour à venir. De là où il se trouvait, allongé sur le dos dans un creux, Nathan Golshem pouvait voir le ciel du petit matin, mais il ne pouvait ni entendre ni contempler la mer.

C’est sans vue sur la mer, pensa-t-il.

Sans vue sur la mer, pensa-t-il. On ne peut pas toujours obtenir la meilleure place.

 

Du tout grand art, vraiment !

 

Enfin : je trouve !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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où l’auteur lance son livre comme une bouteille à la mer

 

poème sale était présent à la casa del popolo le jour du lancement de « cavalcade » (version québécoise). poème sale a filmé un bout de l’affaire. poème sale l’a placé sur son site. « la critique du livre suivra », dit-il.

en attendant, voici la vidéo de l’affaire. c’est à voir ici, paraît-il. en qualité vhs.

belle vision de la chose.

et merci à frédéric.

où l’auteur annonce la sortie d’un de ses livres (version québécoise)

LANCEMENT À LA CASA DEL POPOLO, SUR LE BOULEVARD ST LAURENT (MONTRÉAL) – LANCEMENT LE JEUDI 29 MARS DE 5 À 8 – LANCEMENT TRÈS OFFICIEL ET TRÈS FESTIF – LANCEMENT DE LA NOUVELLE BOMBE EXPLOSIVE

Quoi ? Comment ? Un nouveau livre ? Oui ! Une aventure steppique ? Oui ! La première depuis Histoire secrète des prairies du nord-est asiatique ! Un poème anthropophage se déroulant dans une Sibérie, certes, de carton-pâte mais néanmoins réelle : « Tout ce qui se déroule dans nos têtes est aussi réel que ce qui se déroule dans le monde solide des chaises, des tables et des armes de destruction massive », dit Vincent Tholomé. « Rien n’est ici cloisonné : il existe des endroits poreux. Un livre, un poème anthropophage, une lecture performée sont des endroits poreux où s’influent, s’interpénètrent, le dedans et le dehors », ajoute, pompeusement, Vincent Tholomé.

S’il y croit, tant mieux.

En attendant, ça parle de quoi, Cavalcade ? Ça parle de liberté. De soifs éperdues de grands espaces. D’échappées belles loin des volumes confinés. Youhou ! Nous sommes jeunes. Nous sommes beaux. Nous vivrons éternellement tant que dureront nos cavalcades et nos ruades dans le monde. Ceci est un livre politique. Poétique et politique. Ceci est une prise de position ferme et définitive pour une révolution permanente et empirique.

Ceci sort d’abord au Québec. En mars 2012. Ceci sortira ensuite en France. En juin 2012. Ceci sort dans deux maisons d’édition : Rodrigol et Le Clou dans le Fer. Pourquoi ? Mais parce que dans une révolution permanente aucun texte n’est définitif. Tout bouge encore et toujours. Rien n’est fixe. Tout ressemble à un petit nuage glissant dans un ciel bleu. Ceci parle d’animaux. De cochons mutants et de dindons sauvages. Ceci part dans une énorme éclat de rire. Ceci est à lire et à entendre. À lire dans les livres. À entendre sur scène. Les perfs ne sont pas faites pour les chiens. Les perfs sont faites pour les chacals. Les animaux sauvages et piaulants. Les perfs sont à voir un peu partout. En France et en Belgique. À Montréal. Les perfs sont toujours bonnes à prendre. Les perfs sont des claques qui mettent de bonne humeur. Les chacals sont des garçons et des filles. Bad boys. Bad girls. Des animaux humains qui aspirent à l’ailleurs. À l’autre chose. Les chacals sont de bonnes personnes.

où l’on affirme peut-être trop vite qu’une prose steppique naît, de ces jours, sous nos yeux

et zou ! une prose steppique ! extrait de quelque chose qui peu à peu émerge. bien envie  que ça fasse des petits. nom de code ? Lexistence. c’est l’histoire de deux gaillards dont l’un vient de s’étaler dans la poussière. l’autre l’invite à se relever illico. pour l’instant c’est un long monologue. on verra plus tard où ça va. si ça va quelque part ou si ça va. si simplement ça va.
  • Allez. On recommence. On déjoue les choses. On les rejoue. On les délie et on les lie. Ça réjouira au moins nos coeurs. On ne peut pas autrement. On ne peut rien autrement. Faisons comme elles sont. Comme elles arrivent je veux dire. Si elles arrivent. Elles arrivent. Elles ne peuvent pas s’empêcher. Elles ne s’empêchent pas. Elles sont sans entraves. Ne s’empêtrent pas les pieds dans des lacets. Elles. Ou dans des pans de manteaux rafistolés traînant par terre. Elles coulent l’une sur l’autre plutôt. Regarde. L’une après l’autre. L’une. Puis l’autre. L’une. Puis l’autre. L’une. Et l’autre. L’une. Avec. Ou contre l’autre. Tout contre l’autre. C’est le combat ordinaire. Le grand combat des choses. La grande cohue matinale. Le grand rendez-vous des choses. Elles arrivent en trombe sur nos tables. Nos parquets cirés. La terre battue et les tapis de nos yourtes. Soyons attentifs. Camarade. Très attentif. Ne nous laissons pas faire. Ne nous laissons pas éteindre. Pas déborder. La force d’inertie des choses est redoutable. Redoutable. Accueillons-les énergiquement. Debout. Droits sur nos jambes. À bras ouverts. Soyons dans l’ouverture. Totale et accueillante. Nous sommes prêts au combat. Nous sommes fluides. Nous pouvons. Aisément. Nous pouvons. Camarade. Nous glisser entre les choses. Slalomer en grands champions entre les pots de confiture et les paquets de corn-flakes. Il suffit de garder la souplesse et de bouger comme un chat. Le grand complot des choses. Personne ne le déjouera à notre place. Camarade. Personne. Allez. Debout. Il faut se relever. On est seuls face au monde. On se retrousse les manches. On crache dans nos mains. On se munit de pelles et de pioches. On vérifie la tension des cordes de nos raquettes de tennis. Et on tape dans le tas. Camarade. On tape dans le tas. Et on renvoie à l’expéditeur toute la déferlante des choses. Toutes ces affaires qui nous arrivent en petits conditionnements mesquins. Petits paquets postaux qui se déversent par la bouche de notre boîte aux lettres. Il y a de quoi. Ici. Si l’on veut. Retapisser les murs. Tous les jours. Si l’on veut. Il suffit de se munir d’une pelle. Camarade. Ou d’une raquette de tennis. Aux cordes bien tendues. Nous sommes de la mauvaise herbe. Camarade. De la mauvaise graine. Nous égrainons les choses. Une à une. N’arrêtons surtout pas. Camarade. N’arrêtons surtout pas. Épions. Passons-les à la loupe. Scrupuleusement. Ne laissons rien passer. Camarade. Rien de rien. Nous pourrions. Facilement. Si facilement. Nous pourrions. Camarade. Être cuits. Mangés. Digérés. Expulsés. Hors du monde. Camarade. Hors du coup. 

où l’on annonce que la galerie lacerte à montréal lance « aux voix et à l’oeil », un cycle (qu’on espère long) de lectures/performances associé à des expos solo

Aux voix et à l’œil :
poésie + art visuel

Le lundi 26 mars 2012, de 19h à 23h.
À la galerie Lacerte art contemporain
6345, boulevard St-Laurent, Montréal.

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Lacerte art contemporain est fière d’accueillir la toute première édition de l’événement Aux voix et à l’œil : poésie + art visuel. Dédié à l’art contemporain et à la littérature d’ici et d’ailleurs, ce rassemblement a pour but de célébrer le lien organique unissant le mot à l’image en invitant des écrivains à lire ou à performer leurs écrits dans le cadre d’une exposition solo d’un artiste de la galerie Lacerte.

Un partage de langages et de forces créatrices où le spectateur, le collectionneur et l’amoureux de l’art pourront prendre le pouls du talent manifeste, toutes générations confondues, présent au cœur d’une pléiade de voix et d’œuvres d’art uniques. Un pairage qui va de soi, sans prétention, libre et ouvert aux esprits curieux et attentifs aux arts visuels et littéraires.

Quelques exemplaires de livres des auteurs invités seront mis en vente durant la soirée seulement.

Du vin et des rafraîchissements seront servis moyennant une contribution de courtoisie.

Entrée libre.

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*En lecture / Performance :

Jean-Philippe Bergeron
Véronique Cyr
Sébastien Dulude
Isabelle Dumais
Pascal-Angelo Fioramore
Benoit Jutras
Annie Lafleur
Catherine Lalonde
Bertrand Laverdure
Daniel Leblanc-Poirier
Christophe Pairoux
Vincent Tholomé
Claudine Vachon

*Artiste visuel :

Alain Bonder

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Pour plus d’informations concernant cet événement, veuillez contacter la galerie au 514.274.4299 ou à montreal@galerielacerte.com

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Jeunes gens, jeunes filles ! On profitera abondamment de l’événement pour lancer officiellement CAVALCADE, un poème anthropophage qui paraîtra pour l’occasion aux éditions RODRIGOL ! Jeunes gens, jeunes filles d’Europe, si l’un ou l’autre, l’une ou l’autre, d’entre vous désire que je lui rapporte un exemplaire de l’affaire, faites-le moi savoir par courriel (adresse sur ce blog, dans la rubrique « contact ») ! Belle journée à tous et toutes !

où l’on parle de LÀ, de robert creeley et de deux maisons d’éditions

Robert Creeley est américain. Poète. Prosateur.

Robert Creeley a été américain et peut-être poète et peut-être prosateur de 1926 à 2005.

En tout cas Robert Creeley a été là de 1926 à 2005.

Durant le temps que Robert Creeley a été là, Robert Creeley a beaucoup écrit. Une soixantaine d’ouvrages.

Les oeuvres de Robert Creeley sont peu traduites en français. Dommage.

Je n’ai pas connu Robert Creeley. Dommage.

Je n’ai jamais vu Robert Creeley. Dommage.

Robert Creeley. Un homme respectable. Un homme parlant d’ici et là. Un homme parlant des choses. Événements. Êtres. Toute chose. Tout événement. Tout être. Ayant lieu ici et là. Tout à coup apparaissant côtoyant Robert Creeley.

Dans ces ouvrages Robert Creeley ne parle – je veux dire n’écrit – que de ça. La présence. La présence des choses. Êtres. Événements.

Les poèmes de disent comment les choses. Êtres. Événements. Traversent la vie de Robert Creeley.

Comment les choses. Êtres. Événements. Traversent Robert Creeley.

Dans les poèmes de Robert Creeley se tient au plus près de ce qui le traverse. Choses. Êtres. Événements.

Je dis au plus près. Je veux dire : Robert Creeley n’est pas dupe.

En bon poète projectiviste Robert Creeley sait que ses poèmes ne racontent pas comment choses êtres et événements le touchent. Ne racontent pas son émotion.

Comme Robert Creeley le dit : les mots arrivent toujours trop tard. Ce n’est qu’après coup qu’ils peuvent recréer l’émotion. L’événement.

Dans les poèmes de Robert Creeley nous sommes dans un monde de mots.

Ce qui importe pour Robert Creeley : que les mots recréent une présence. Recréent la présence de choses. Êtres. Événements. Peut-être saisis sur le vif. Mais toujours déjà passés. Terminés.

Robert Creeley ne cherche qu’à dire la présence. La proximité des choses. Êtres. Événements.

Les poèmes de ont ceci d’extraordinaire : à force de les lire on finit par sentir la présence de Robert Creeley.

On finit par tourner notre tête exactement là où regarde Robert Creeley, regardant exactement ce qu’il regarde, notre tête comme posée à côté de la sienne, notre poitrine vibrant légèrement comme la sienne.

La traduction de Martin Richet est exemplaire. Les poèmes de Robert Creeley contiennent peu de mots. Peu de vers.

Les poèmes de Robert Creeley contiennent des mots de tous les jours.

Quelquefois Robert Creeley pose les mots comme des pierres et ça résonne en nous.

Un
faisan une
faisane
marchent côte à côte.
 
.
 
L’oiseau s’envole
par la
fenêtre. Elle
s’envole.

Quelquefois Robert Creeley tire le portrait de quelqu’un et c’est comme un éclair. Un néon fulgurant aperçu depuis un train traversant toute allure la nuit.

B ——-

Frimousse affolée

peau ensoleillée, dans l’eau –

larges hanches. Blanche, la

peau blanche – femme aux

grandes oreilles, aux dents de

sabre ou presque –

charmante en tous détails.

.

Autrement – cet

oeil noir, au visage la

lueur de quelque autre

expérience, s’approfondit

à l’air.

Quelquefois les poèmes de Robert Creeley sont généreux.

La mort d’un

seul est

aucune.

La mort d’un

seul est

foison.

J’aime les poèmes de Robert Creeley. L’énergie folle qui s’en dégage. L’évidence folle qui s’en dégage.

Ce que me dit Allen dans l’avion en quittant NY – la ville en bas fait penser à une excroissance cellulaire, « un cancer » – l’investissement comme sens de l’homme sur terre propage un cancer du monde – la « loi » de Burroughs finalement très claire.

Les poèmes de Robert Creeley : simples comme le monde.

Les poèmes de Robert Creeley ont l’évidence d’un chat dans le jardin. D’un chewing-gum collé sur le tarmac.

Robert Creeley est un des plus importants poètes du XXième siècle.

En français, on retrouvera la présence de Robert Creeley chez Héros Limite et chez Nous. Ici, pour les poèmes de . Et , pour Le Sortilège.

Robert Creeley est un poète à lire de toute urgence. Pour la géographie mentale à laquelle il nous convoque. Pour le monde qui, soudainement, se réenchante brièvement devant nous. Sans illusion.

Du tout grand art.

où l’on soutient que la performance collective et le poème anthropophage sont des insectes minant le monde (hypothèses anthropophages 8)

71. le monde, sans modèle, est anthropophage. nous vivons dedans. sans modèle. anthropophages. nous vivons, sans modèle, anthropophages, dans la consommation des biens, des images, des mots, qu’un monde, sans modèle, anthropophage, nous offre prêts-à-servir. le monde, sans modèle, anthropophage, nous offre ainsi une vie. n’y manque que l’existence. la sauvagerie de l’existence.

72. pour exister sauvages et existants, il faut une autre expérience.

73. la performance collective et le poème anthropophage sont une autre expérience.

74. nous trouverions pourtant aisément des parallèles entre cette autre expérience et l’expérience léthargique du monde sans modèle. dans l’une comme dans l’autre, nous expérimentons avant tout une relation. quelque chose comme une relation entre quelque chose qui serait soi et quelque chose qui lui serait extérieur. quelque chose comme une relation entre un dedans et un dehors.

75. dans l’expérience du monde sans modèle, l’expérience du poème anthropophage et celle de la performance collective, un dehors prend contact avec un dedans. un dedans prend contact avec un dehors. un dehors demande à un dedans de l’incorporer. un dedans incorpore un dehors. un dehors demande à un dedans d’apporter quelque chose dehors. un dedans offre à un dehors une réaction. oui mais. tout diffère pourtant.

76. prenons un dedans. prenons un dedans dans le monde sans modèle. anthropophage. prenons un dedans expérimentant un dehors dans le monde sans modèle, anthropophage. il le fait des milliers de fois par jour. il est impossible à un dedans, dans le monde sans modèle et anthropophage, de ne pas expérimenter des milliers de fois par jour le contact du dehors, doux, charmeur, ou, à l’inverse, violent, extrêmement violent. ceci est réel. nous le savons. ceci a lieu des milliers de fois par jour. nous le savons. ceci est notre quotidien. ceci est inacceptable. nous le savons. ceci manque d’existence. ceci s’impose à nous. nous le savons. nous subissons le monde et son dehors des milliers de fois par jour.

77. pour exister sauvages et existants, il faut cesser d’être un objet.

78. pour cesser d’être un objet, il faut agir.

79. persister dans l’idée folle qu’il y a, dedans comme dehors, de l’existence est une action. prêter l’oreille à l’existence, cette puissance folle et butée, cette force qui coule dedans comme dehors, est une action. créer des conditions pour que l’existence, cette butée folle et entêtée, persiste, est une action. la performance collective et le poème anthropophage sont parfois l’occasion de ne plus être un objet. la performance collective et le poème anthropophage sont parfois l’occasion d’exister.

80. la performance collective et le poème anthropophage sont des actions minimales où s’expérimentent d’autres manières d’être et d’être ensemble. la performance collective et le poème anthropophage sont des actions politiques, sociales, économiques, minimales. la performance collective et le poème anthropophage sont de puissantes forces minant, minimalement mais efficacement, le bloc compact du monde sans modèle prétendument anthropophage. la performance collective et le poème anthropophage sont des insectes rongeant la terre.