où, par la bande, pan !, on recueille un écho inattendu de la perf de mercredi

 

  • Paul Hermant a tenu une chronique quotidienne à la radio belge durant dix années. Il tirait hier sa révérence : dernière chronique. Merci à lui d’avoir tenu cette affaire autant de temps. Ses billets d’humeur et en délicatesse étaient de petits bijoux du genre ! Et merci à lui, par la bande, de se faire l’écho de la perf de mercredi dernier à la librairie Point Virgule, avec Xavier Dubois !
MERCI…
Quelle beau jour pour finir, vous ne trouvez pas ? On ne pouvait pas rêver mieux : beau temps, mais orageux en fin de journée. C’est donc la dernière, la der des ders, la grande der. Après dix ans de chroniques quotidiennes, dont la plupart sur ces antennes, nous allons donc refermer le grand livre de nos fréquentations.

 

Mais plutôt que de dire au revoir, voyez comme je suis, j’ai décidé de dire merci. La reddition des comptes est alors plus ronde. Merci est un mot qui déteste les angles. Il n’y a rien à faire, quand on est né rond on ne peut pas finir pointu, alors terminons comme cela…

Merci à Richard Brautigan, merci à Stig Dagerman, merci à Ed Murrow, chroniqueur anti McCarthy, merci à son Good night and good luck, merci au terrible entêtement des abeilles, merci aux trous d’air des parachutes dorés, merci aux hirondelles de la gare du Nord, merci à l’épicière de Ciergnon, merci à Morvan Lebesque pour avoir dit que le talent que vous avez ou que l’on vous prête se mesure à celui qui vous reste le jour où vous n’en avez plus, merci à l’Euro d’avoir tenu jusqu’à la fin de ces chroniques, merci aux gens du voyage qui font le voyage que les gens ne font plus, merci à tous ces nomades qui enseignent à délester nos valises, merci au passé qui arrive toujours trop vite et à l’avenir qui vient toujours trop tard, merci à Stéphane Goldman, une chanson de 1950, une chronique déjà, cent mineurs crient sous les poids d’un continent, là-haut passe un régiment, il y aura dix survivants, merci à Madame de Sévigné, pardon d’avoir écrit si long, ma fille, mais je n’ai pas eu le temps de faire court, merci aux invisibles de ne l’être pas resté, merci aux gens liquides d’être demeuré un peu dans la paume, merci à René Char et à son héritage sans testament, merci aux disqualifiés, aux inadaptés sociaux, merci aux bandits du sens, merci aux potagers, merci à Gilles Clément, à son tiers-paysage et à ses jardins en mouvement, merci à ceux qui se souviennent qu’un binage vaut bien deux arrosages, merci aux glaneurs, merci aux gladiateurs, merci à mon ordinateur, merci au front du refuge, merci à Hanna Arendt, merci au comptoir d’étain de Jacques Prévert et au veilleur du Pont aux Changes de Robert Desnos, merci aux idées, à leurs associations et aux associations d’idées, merci aux villages fantômes parce qu’ils sont peuplés de gens aux fronts troués, merci aux geysers pétillants et aux volcans facétieux d’Islande, merci au complexe Edgar Morin, merci à la voix de Vincent Tholomé entendue hier, merci aux livres qui rendent libres, à ceux qui les écrivent, à ceux qui les vendent et à ceux qui les achètent, merci aux contradictions dialectiques des gens qui décident, elles font le miel de ceux qui cherchent par-delà le cynisme, pas merci à ceux qui priment sur ceux qui dépriment, mais merci à la ville où il fait le moins bon vivre, merci au service public qui nous a élevé et à qui on a tenté de rendre un peu, merci à ceux qui écoutent pour ne plus entendre, merci aux voleurs de feux et aux allumeurs de réverbères, merci à ceux qui retournent leur colère et merci à ceux qui voient la mer. Allez, belles années et puis aussi bonne chance.

Paul Hermant

où, après la perf d’hier, de nouvelles hypothèses anthropophages voient le jour (12)

 

111. Il existe deux types – au moins – de performance collective. Le premier fonctionne par couches : chaque performeur apportant la sienne. Juxtaposition des choses. Simultanéité des affaires. Pas – ou peu – de liens apparents entre les choses. Collage performatif donc où chacun – plus ou moins – reste sur ses rails. Le second type fonctionne dans l’écoute et dans l’emprunt : chaque performeur emprunte – ou non – les accidents proposés par les autres, chaque performeur est poreux, se laisse influer – ou non – par ce que proposent les autres. Simultanéité encore. Mais attention forte aux impacts. Organisme performatif en train de naître en direct, sous les yeux, pour les oreilles.

112. Le premier type : comme un voyage dans le métro ou une file à la caisse dans un supermarché. Image parfaite – très réaliste – du monde contemporain.

113. Le second type : anthropophagique, bien sûr. Une communauté s’y invente. Une communauté s’y invente, intuitivement. Une communauté s’y invente, portant intuitivement en elle – dans la manière dont tout cela apparaît – de grandes questions.

114. Qu’est-ce qu’être ensemble ? Comment laisser la place à chacun ? Comment ne pas disparaître, ne pas s’effacer, dans le collectif ? Etc. Grandes questions. La perf collective y touche. L’air de rien. La perf collective : un laboratoire social et politique. Mais oui, pourquoi pas ? Mais un laboratoire local. Ultra local.

115. Qu’est-ce qu’être ensemble ? Qu’est-ce qu’une tribu ? Selon quelles règles une tribu est viable ? Vivable pour chacun, chaque membre de la tribu ? Vivace et joyeuse ? La perf collective, anthropophagique, laboratoire local, répond d’elle-même et pour elle-même à ses questions. Répond, dans l’acte et dans l’action, aux performeurs, pour les performeurs et par les performeurs. Pour la tribu en scène en somme. Pour la tribu se mettant en scène.

116. Et les autres ? Tous les autres ? L’immense majorité de la tribu humaine ? L’immense majorité qui ne performe pas ? L’immense majorité des spectateurs ? En quoi y aurait-il un intérêt à regarder l’affaire ? À regarder, entendre, écouter, toute une tribu se trémoussant sur scène, expérimentant dans une pratique collective d’autres façons d’être, de naître ensemble ? À regarder une tribu prendre, de façon autoritaire, le devant de la scène ?

117. Quelles relations la tribu entretient-elle avec le monde ? Quelle place laisse-t-elle au monde quand elle occupe le devant de la scène ? La perf anthropophage : poreuse, ouverte aux autres, aux forces puissantes qu’ils offrent sur scène, poreuse au moins aux membres de la tribu, donc. Ici, le risque est grand de s’enfermer. De ne jouer que pour soi. Que pour l’usage de la tribu.

118. Risque de croire que la tribu est le centre du monde. Risque de ne jouer qu’entre nous, excluant de facto le reste du monde. Les autres tribus. Risque aussi de séduire. De chercher la reconnaissance du monde. De n’exister qu’à travers les autres tribus. Leurs yeux. Leurs oreilles. Risque de caresser les tribus dans le sens du poil.

119. La question n’est pas de plaire. La question est de montrer un laboratoire. La question est d’être poreux. De puiser les forces dans les membres de la tribu. De montrer dans la perf comment ça se fait. Comment ça se construit. La question est de puiser aussi les forces vives du monde. Anthropophagie totale : se « manger » entre nous, membres de la tribu, et « manger » aussi le monde. Comment ?

120. Pas d’idées pour l’instant. À creuser donc.

où l’on rappelle que, demain, ça perf à la librairie point virgule, à namur

PETIT RAPPEL – PETIT RAPPEL

ÇA PERF, DEMAIN, 27 JUIN, À LA LIBRAIRIE POINT VIRGULE DE NAMUR, ET ÇA PERF AVEC XAVIER DUBOIS ET MAJA JANTAR, S’ILS PARVIENNENT CEPENDANT L’UN ET L’AUTRE À SE RETAPER D’UN REFROIDISSEMENT SUBIT (QU’ON SE DEMANDE D’OÙ ÇA LEUR VIENT), MAIS, EN CE QUI CONCERNE L’AUTEUR, ÇA PERF, ÇA C’EST SÛR

La librairie Point Virgule vous invite le mercredi 27 juin à 20h à une présentation et lecture de Cavalcade de Vincent Tholomé.

Ce poème anthropophage vient d’être publié par les éditions Le Clou dans le Fer, après une publication canadienne par l’éditeur Rodrigol. Il s’agit d’un texte « prônant la mutation et l’écriture mutante (…), Cavalcade est une machine. Cavalcade ne s’arrête pas. Ne s’épuise pas. Cavalcade est une énergie solaire et primitive. Aucune forme définitive ne saurait contenir une telle énergie ».

C’est à une lecture performance que nous vous convions, une mise en bouche du poème par Vincent Tholomé, qui sera accompagné ce soir-là par Xavier Dubois (guitare) et Maja Jantar (voix).

Vincent Tholomé est poète et performeur, il anime aussi des ateliers d’écriture à Namur et ailleurs. Il a publié une dizaine d’ouvrages dont Kirjubaejarklaustur, The John Cage Experiences (pour lequel il a reçu le Prix triennal de poésie de la Fédération Wallonie-Bruxelles), La Pologne et autres récits de l’Est. Vous pouvez le découvrir aussi à travers son blog « La compagnie du grand nord ».

Au cours de la lecture, nous nous entretiendrons avec lui sur son travail d’écriture.

Renseignements et réservations :
Librairie Point Virgule
Rue Lelièvre 1 à 5000 Namur
Tél. : 081 22 79 37

où l’on invente en direct live tout un monde (perf avec sebastian dicenaire et maja jantar)

« Blanc/witte/white/Weiss » : performance du Trio Wyrd (Maja Jantar, Sebastian Dicenaire et l’auteur) à l’Espace Senghor – mai 2011 – Fiestival Maelström. Merci à Gaëtan Saint-Rémy et à toute l’équipe de Sep Stigo films pour la captation et le montage intégral de l’affaire. Une des perfs qui a infléchi, sans conteste, l’écriture de « Cavalcade », ouaip. Merci aux comparses.

Et belle vision à tous.

où l’on livre un poème à la robert lax ou à la paul van ostaijen (comme on voudra)

Un poème inédit. Un poème à paraître dans un livre d’artiste. Un poème à paraître sous le titre de « soleil soudain » dans un livre d’artiste d’aaron clarcke. Un poème. Inédit. « soleil soudain ». Accompagnant les éclats. Les papiers déchirés et collés puis peints d’aaron clarcke. Un livre d’artiste tiré à 4 exemplaires. Un livre fait main. Un poème hommage. Un poème à la paul van ostaijen. ou à la robert lax. Un poème tout seul. Les images d’aaron clarke viendront plus tard. Quand il y aura des photos de l’affaire. Merci à aaron pour sa proposition. Belle lecture. Lisez vite mais lisez juste. Mais lisez. Lisez encore.

    soleil

    soleil au salon

le soleil

             au salon soudain

le soleil au salon soudain touche la

grande lumière claire des rideaux et

                           soudain

                           au salon

                           – mardi

                           20 –                  la

grande lumière claire des rideaux

                          soudain

                          éblouissant

                          mieux qu’un

                          soleil

                          soudain

                          réduisant le

                          monde à

                          2

                          ou 3

                          éclats

où l’on annonce la sortie de « Gare Maritime » 2012

GARE MARITIME 2012 !

Avec : Séverine Daucourt-Fridriksson, Iskandar Habache, Dominique Meens Charles Pennequin, Quentin Faucompré, Cécile Richard, Antoine Boute, Armée Noire, Matthieu Gozctola, Anne Kawala, Jacques-Marie Bernard, Sandra Moussempès, Passage d’encre, Daniel Pozner, Sandrine Gironde, Franck Doyen, Louis-Michel de Vaulchier, Hubert Dupont, Jacques-Henri Michot, Vincent Tholomé, Yves Di Manno, Jacques Abeille, Antoine Mouton, Vannina Maestri, Julien d’Abrigeon, Gilles Cabut, Cosima Weiter, Patrice Luchet, BoXon, Pascal Bouhénic, Ivar Ch’vavar.

Les présentations sont de Frédéric Laé (auteur et plasticien), Guénaël Boutouillet (auteur), Jean-Damien Chéné (poète), Alain Girard-Daudon (libraire), Sophie G. Lucas (poète), Bernard Bretonnière (auteur).
Portraits photographiques par Phil Journé…

Anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine
publiée par la Maison de la Poésie de Nantes
Prix Charles Cros 2006 « Paroles enregistrées et documents sonores »
84 pages + 1 CD : 17€

Gare maritime sera disponible du jeudi 14 au dimanche 17 juin au marché de la poésie, place Saint-Sulpice à Paris !

où l’on avise curieux et curieuses que, ça y est, « Cavalcade » vient de sortir, nom de nom

PARUTION – PARUTION – PARUTION – PARUTION – PARUTION – PARUTION – VERSION FRANCO-BELGE – VERSION FRANCO-BELGE – VERSION FRANCO-BELGE – VERSION FRANCO-BELGE – VERSION FRANCO-BELGE – 

PARUTION juin 2012 de CAVALCADE, poème anthropophage, de Vincent Tholomé, aux éditions • le clou dans le fer collection, dans la collection expériences poétiques, sous le format de 15,7 x 21 cm, au poids : 450 gr, avec un nombre de pages de 240, sous l’ isbn 978-2-917824-17-7, au prix de 20 euros, dépendant pour la diffusion/distribution pour la France de www.r-diffusion.org (http://www.r-diffusion.org/index.php?ouvrage=CDF-24) ; pour la Belgique de La Caravelle (info@sdlcaravelle.com) ; on peut aussi, si l’on veut se le procurer directement chez l’éditeur (http://www.lecloudanslefer.fr/index.php?/commandes/).

Cavalcade

Poème anthropophage

Vincent Tholomé

LE LIVRE :

Un éleveur sibérien quitte les plaines de l’est pour se rendre à Omsk où il pense trouver les semences nécessaires à la survie de son troupeau. Abandonnées à leur sort, les bêtes vont rompre toutes les alliances et se lancer dans un cycle révolutionnaire drolatique sur fond de cataclysme indéfini. De ruées aveugles dans les zones industrielles en combats effrénés pour le recommencement des êtres et des choses, de débandades en dispersions, les animaux vont tenter de s’organiser pour livrer bataille à l’univers humain dans l’espoir que celui-ci n’en sorte pas indemne.

Cavalcade est le troisième livre de Vincent Tholomé publié dans la collection expériences poétiques. Après The John Cage Experiences qui explorait les possibilités narratives du hasard (nouvelle édition disponible depuis mai 2012), Kirjubaejarklaustur qui revisitait la forme de la saga islandaise sur le mode métaphysico-burlesque, c’est cette fois au récit épique et à la genèse primitive que Vincent Tholomé s’est attaqué en donnant à la fusion des genres le ton d’une inquiétante loufoquerie.

L’AUTEUR :

Vincent Tholomé est né en Belgique dans les années 1960. Poète et performeur, il a publié une bonne douzaine d’ouvrages et de très nombreux textes en revues (papier et en ligne). Ses derniers livres ont fait l’objet de multiples interprétations scéniques, radiophoniques et gastronomiques présentées lors de festivals de poésies et de performances en France, Belgique, Suisse, au Québec, aux USA, etc.
En 2011, il a reçu pour The John Cage Experiences le Prix triennal de poésie de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Éditions • le clou dans le fer – 28 rue du Château d’eau – 75010 Paris collection expériences poétiques www.lecloudanslefer.fr

où, par le biais des nuages, l’on nous parle discrètement de bien d’autres choses

À propos des poèmes radicalement savants et légers de Jan Baetens

(article paru dans Le Carnet et les Instants n°172)

Ce qui caractérise la poésie de Jan Baetens ? Peut-être le fait que, de recueil en recueil, elle soit encadrée. Son rapport au monde n’est jamais présenté comme immédiat mais délibérément médiatisé. Ainsi, dans Made in the USA, Baetens nous parlait de l’Amérique via les relations toutes personnelles qu’il entretient avec des images, peintures ou chromos, représentant l’Amérique. Dans Self service, c’était, mine de rien, d’émotion esthétique, qu’il traitait, tirant le portrait d’auteurs de BD dans des poèmes inspirés d’une de leurs planches.

Autres nuages n’échappe pas à la règle. A priori, quoi de plus « immédiatement poétiques » pourtant que les nuages et notre rapport à la nature ? Tous nous aimons les ciels et les arbres. Tous nous avons déjà ressenti une émotion vive devant le spectacle du monde. On peut ainsi trouver ici des poèmes d’une grande limpidité.

Pourtant, ici comme ailleurs, Baetens reste discrètement radical.

Non, il n’y a pas de rapport totalement immédiat avec le monde. Oui, notre rapport au monde s’inscrit toujours dans un système de références, représentations et images. C’est ainsi. Pas de quoi en faire un fromage. Jouons-en plutôt, tant qu’à y être, pas vrai ? Le jeu auquel Baetens nous convie convoque de grandes figures : Dotremont, Marc-Aurèle, Chklovsky, … On trouve leurs citations à l’entame de chaque partie. Le jeu se réfère aussi aux photographies de nuages de Stieglitz et, bien sûr, aux superbes gravures d’Olivier Deprez, son alter ego : on peut d’ailleurs considérer Autres nuages comme un recueil de gravures ! Elles foisonnent. Ne sont nullement illustratives. Font écho malgré tout aux textes : impossible de déterminer qui a inspiré l’autre, du poète ou du graveur. J’imagine plutôt un jeu de ping-pong, un poème inspirant une gravure, une gravure un texte, etc. Le jeu renvoie aussi à de grands noms, de grands rêveurs de nuages, comme Verlaine ou Magritte.

De façon légère mais évidente, le recueil est aussi l’occasion pour Baetens de s’interroger sur le métier de poète ou d’écrivain. Autres nuages est ainsi structuré autour de la question du sujet : qu’est-ce qu’un sujet en poésie ?, comment varie-t-il ?, est-il épuisable ?

Tout cela serait facilement lourd, ennuyeux et pompeux. Que nenni ! La langue de Baetens, et cela n’est pas le moindre de ses tours de force, n’oublie jamais d’être souple, sensible et riante. Mêlant allègrement ciel et terre, en somme. Comme les gravures de Deprez. Comme si, de par le choix d’un sujet aussi léger que les nuages, les contours et les frontières entre les choses devenaient à leur tour fluides :

Tout à l’heure, en sortant dans la même rue et dans le même air, une heure à peine après qu’elle m’aura fait entrer, distraite, calculée, au fond très belle, et m’asseoir à côté d’elle, il ne fera plus nuit pendant de longues heures, jusqu’à ce que tombe une nuit qui ne sera plus jamais la vraie nuit, et en évitant les arbres comme autant de sentinelles le long des avenues je ne verrai plus pousser, éclore, s’épanouir, éclater, pourrir, à la vitesse d’un projectile, les arbres comme les nuages.

Opus de choix dans une oeuvre éminemment radicale et jouissive, Autres nuages est un recueil tendu. Lisible à plusieurs niveaux. Livre à la fois terre-à-terre et savant.

Terre-à-terre et savant. Une autre caractéristique de l’art poétique de Baetens. Art singulier. Discret. Qui ne tonitrue pas. Ne cherche pas à séduire. À nous dire comment marche le monde, par exemple. Non. Art imposant, à son rythme lent et serein, une vivifiante musique qui reste dans l’oreille.

AUTRES NUAGES, poésie. Jan Baetens, Les impressions Nouvelles, coll. Traverses, 2012, avec 26 gravures sur bois d’Olivier Deprez

où Frédéric Laé tire un étonnant portrait façon pop seventies de l’auteur

Texte et image de Frédéric Laé depuis une vidéo de Guillaume du Boisbaudry et une erreur de manipulation de l’ordinateur de la revue Gare Maritime. De Frédéric Laé, on lira avec bonheur Le parc à chaînes et Océania (paru cette année chez D-Fiction). De Guillaume du Boisbaudry (et, à son insu, de Frédéric Laé), on regardera dans l’hilarité la vidéo Le baiser.