où, avec Nicolas Marchal, on assiste à un cours d’histoire complètement délirant

Nicolas Marchal est un romancier qui excelle dans les longues envolées, les bouffées délirantes de ses personnages. On lui doit jusqu’à présent deux romans. Les conquêtes véritables et La tactique katangaise. La tactique katangaise croise 4 voix. Celle d’un ado timide et insipide, amoureux de Cynthia, désireux de lui en mettre plein la vue ; celle de Floyon, leur prof d’histoire, célibataire amoureux fou de Marie, la jeune prof aux seins parfaits ; celle de Mamy, la grand-mère de l’ado, qui, coup de génie, agrippe soudain l’attention de son petit-fils en inventant un passé d’agent secret au grand-père récemment décédé ; celle, enfin, d’un vieux ronchon qui se paie une escapade loin de sa maison de repos et qui croisera sur sa route un super match de football ! Vous suivez ? Ce qui relie tout ce beau monde ? Un livre. La tactique katangaise. Roman d’aventure et d’espionnage de trente-sixième zone. Tout cela se croise, se fuit, se retrouve, dans un rythme drôle et fou.

Ci-dessous, un extrait du cours de Floyon. Cours délirant sur la décolonisation. Un des innombrables morceaux de bravoure émaillant le livre. La tactique katangaise est sorti aux éditions La Muette en 2011.

Actuellement, Nicolas Marchal termine le manuscrit d’un roman fantastique. Un hommage épuré, drôle, impertinent et prenant à Malcolm Lowry et à son Sous le volcan.

Bon alors, notez, suivez bien au tableau, je vous conseille de faire un schéma, Léopold II envoie Stanley, le paie cher et vilain pour explorer et conquérir, c’était la Grande Époque, oui majuscules, le monde entier était notre Far-West, ruée vers l’or tous azimuts, il restait une part de gâteau à prendre, donc Stanley remonte le fleuve Congo, notez-le bien au péril de sa vie, il brisa plus mille chicottes. DANS LE MÊME TEMPS, Léopold, qui était un homme un vrai, pose des marmots un peu partout, si une soubrette avait l’heur de lui plaire crac dedans, et pareil pour les grandes bourgeoises rencontrées çà et là dans des cocktails, les comtesses itou, maris reculant d’un pas pour mieux laisser saillir le souverain, c’était comme ça à l’époque, notez-bien, droit de cuissage, indiscutable, Votre Majesté, oui les majuscules voulaient dire quelque chose, on ne discutait pas les ordres et les appétits royaux, enfin si Madame n’appréciait guère la barbe longue lui raclant le dos, tant pis pour elle, ça, ça vous intéresse évidemment ! Inutile de ricaner Cynthia, DONC, parmi ses favorites l’épouse légitime du grand financier, Empain, qu’il fera baron en dédommagements, pour services rendus si l’on veut, et voilà que celle-ci accouche d’un petit Louis, alors voilà, on ne sait pas, on n’est sûr de rien, ce sont des rumeurs de cour, mais le fait est là, rose, hurlant, se pissant dessus.

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DONC, notez bien, Empain qui construit 1) Héliopolis, une ville idéale, la cité du vent, en plein désert égyptien ; 2) le métro parisien ; 3) le chemin de fer du Congo. Trois contrats juteux, qui lui assurent de mirobolants bénéfices, mais aussi trois contrats hautement stratégiques, l’introduisant dans les petits papiers des Plus Grands, oui majuscules, nécessitant protections, multiples pattes blanches, réunions secrètes dans des bunkers au milieu de forêts, serments de silence, épreuves initiatiques au sein de conciles souterrains. Bien entendu, son lien avec Léopold, lui-même déjà un pion utile, via sa femme (notez bien le nombre d’affaires réglées au cours de l’Histoire grâce ou à cause de l’entrejambe), joua un rôle important dans sa désignation. DONC, Héliopolis, l’Égypte qui sera plus tard celle de Nasser et de la nationalisation de Canal de Suez, fric français jeté par les fenêtres, tentative militaire de la France pour récupérer son bien, interdite par les States, pourquoi ? Parce que la C.I.A. en Égypte, d’où le regain du fondamentalisme musulman, liens avec le G.I.A. algérien, j’y reviendrai. DONC, le métro français, là même où le G.I.A. faisait sauter les bombes dans les années nonante. DONC, le chemin de fer congolais, vous suivez ? Pays surtout intéressant pour ses ressources minières (métro = sous-sol, on comprend mieux ce qu’Empain cherchait à l’origine en creusant le bassin parisien ; idem pour le pétrole égyptien, encore une fouille géologique à des fins d’exploitation déguisée en chantier de fondations), qui en effet se révèle à la hauteur de ses promesses, concurrence si déloyale que les mines ferment le long de la Sambre, la C.I.A. serait derrière l’incendie du Bois du Cazier, DONC mines où l’on découvre bien entendu or et diamants, et surtout l’uranium, le K.G.B. fait les yeux doux à Lumumba, assassiné sans doute grâce aux efforts conjoints de la C.I.A., de la Sûreté belge, des rebelles katangais, Mobutu est mis en avant pour sauver les billes, vous suivez ?

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