où l’on annonce une perf du trio wyrd à DATABAZ (avec maja jantar et seb dicenaire)

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DATABAZ _ poésie sonore _ Vincent THOLOMÉ, Sébastien DICENAIRE, Maja JANTAR
 
///////////// jeudi 2 mai _ 20h30 _ entrée libre
performance de poésie sonore de Vincent THOLOMÉ, Sébastien DICENAIRE, Maja JANTAR

Une soirée pour découvrir les textes soufflés, cavalants, vibrants, les bruits de bouches, et autres bourdonnements, les perforations vocales de trois poètes qui savent faire résonner les mots dans de multiples directions.

Performance « Kirkjubaejarklaustur » à Angoulême. À DATABAZ, chez Hortense Gauthier et Philippe Boisnard.

C’est à cette adresse : 100 rue du GOND – 16000 Angoulême – tél : 0033 5 45 38 28 52

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où l’on présente « dreamdrum », un projet foto/texto de thomas déjeammes

(c) Thomas Déjeammes / projet "Dreamdrum"

Thomas Déjeammes est français, photographe, éditeur, auteur. Fait partie de Kraums Notho un duo de perf et de musique. Dans ses photos (« fotos », comme il l’écrit), Thomas Déjeammes travaille les matières, les textures. Rature la pellicule au clou, aux ongles, ou que sais-je encore.

Cette année, Thomas Déjeammes a proposé à des poètes, auteurs, un petit jeu ma foi fort créatif : « Dreamdrum ».

Chaque auteur participant reçoit une foto de Thomas Déjeammes. Libre à chacun d’y réagir à sa façon.

La série « Dreamdrum » est accueillie sur le net par Libr-critique. On peut ici, ici et ici consulter les premières pièces du puzzle. Les textes accompagnants les trois premières fotos sont de Didier Calléja, Yannick Torlini et, bin oui, bibi. La série continuera quelque temps encore, ajoutant, au rythme de toutes les deux semaines, une nouvelle collaboration.

Belles lectures et découvertes à tous et toutes.

où l’on parle de Västeras et d’Elke De Rijcke

vasteras

UN NAUFRAGE (article paru dans Le Carnet et les Instants n°176)

Joie ! Elke De Rijcke et sa poésie singulière nous reviennent ! Sous le titre énigmatique de Västerås, elle explore pour nous une autre facette du désir. Celle où le désir manque, justement. S’est enfui au loin. Barré on ne sait où. Joie, pourtant, curieusement, à lire cette belle suite de poèmes rapportant sans complaisance et sans pathos un naufrage. Une vie et un amour qui partent à vau-l’eau.

Dit ainsi, Västerås pourrait sembler d’une noirceur sans nom. Et il l’est, bien sûr, à bien des égards. Ses poèmes ne nous plongent-ils pas dans un trou noir ? Un passage à vide que n’importe qui d’entre nous pourrait connaître ? Car les abîmes de la déprime, de la dépression, de l’amour et du désamour, au fond, ça nous pend tous au nez. Mais joie, joie, pourtant, à lire ce journal qui ne tourne pas autour du pot.

Car si Västerås est une plongée, il est aussi une remontée. Paradoxale, certes, mais remontée tout de même.

Quatre parties composent le livre.

– La première, précisément, nous rapporte la remontée. Comme si le recueil commençait par la fin, en somme. Tout débute d’ailleurs par cet instant où le corps s’arrache à lui-même et sort la tête hors de l’eau. Renaît ou revit. Redevient alerte et sur le qui-vive. Percevant enfin le monde qui l’entoure :

et quand je m’arrachais à moi pour être ce que vous êtes, / mes pieds étaient attelés à des pédales / et mes mains guidaient un volant. / des milliards de racines bourdonnaient à mes oreilles.

Remontée paradoxale pourtant. La « narratrice » se laisse remplir par l’autre : la présence et la voix de l’amoureux, le paysage aussi, la route menant à Västerås, petite ville perdue de Suède. Au risque de n’être plus qu’hors de soi, que par l’en-dehors. Au risque de n’exister que par l’autre.

– La seconde et troisième parties remontent le temps. Nous situent à l’époque du naufrage. À l’instant où la vie dérape. Où les désirs, quels qu’ils soient, s’étiolent. À tel point que, pour un temps, le monde se réduit à un lieu minuscule. Fichtrement étriqué. La cuisine. Plongée, donc, dans cette haute maladie / dont on ne se délivre que par l’amour. Plongée dont la « narratrice » ne survit que par la préparation des repas, la nécessité de nourrir une enfant.

La langue d’Elke De Rijcke, si précise, si soucieuse de s’appuyer sur les sensations concrètes du corps, fait ici mouche, à mille lieues d’un pathos complaisant et facile :

à cette heure-là dans la cuisine, la laitue ruisselle longtemps / dans ma main.

Et voilà. Tout est dit. Simplement. Les lèvres qui ne s’entrouvrent plus que pour manger. L’enfant dont on ne peut plus s’occuper… Elke De Rijcke fait partie de ces poètes qui explorent les rapports qu’entretiennent langue et corps. Son écriture est toujours sensuelle. Au plus près de ce que le corps capte. À l’affût des moindres variations de perceptions. La « descente aux enfers » dont elle rend compte ici n’échappe pas à ce parti-pris d’écriture. Et cela, oui, enchante.

– Comme dans les autres parties, les événements factuels évoqués dans la quatrième partie sont à peine esquissés. S’y laissent deviner une rencontre, un début de ravissement. Le « tout début de la fin » en somme.

Sous son apparente simplicité, Västerås est un livre multiple, supportant diverses lectures. Il est ainsi possible de le lire pour ce qu’il se donne, un journal poétique rapportant une histoire d’amour et de désamour. Une histoire qui, vue du dehors, sans se plonger dans le recueil, pourrait paraître un peu fleur bleue et sentimentale. Comme on l’a vu, ce n’est pas vraiment le registre adopté par Elke De Rijcke. D’autant plus que, comme je l’ai dit, l’auteur aime se tenir au plus près de ce que le corps capte plutôt que de se borner à la chronologie des faits. Lui importe moins l’exactitude factuelle donc que de choisir avec soin les instants à recréer. Au-delà de l’anecdote rapportée, on pourrait dès lors lire Västerås comme le journal d’une époque où ce plaisir fou de capter le monde dans une langue précise et sensuelle est en panne. Époque où rien du dehors – ou presque – ne touche. Où rien ni personne ne parvient à relancer la « machine désirante ». Époque, en quelque sorte, où les lèvres sont restées closes.

Västerås, le mot « Västerås », ne désignerait plus alors ici une ville de Suède mais un temps et un espace dans lequel vivre, parler, écrire, n’ont pas été simples.

Un temps et un espace de crise, en somme.

Elke DE RIJCKE, Västerås, Journal d’une désémancipation, DARK PASSAGE, Le Cormier, 2012, 96 pages