où l’on visite, le temps de 2 livres, la Madagascar intérieure de Ben Arès

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DU FEU QUI LOGE DANS NOS VENTRES

Pour certains, c’est l’Italie. Pour d’autres, la Laponie ou le grand nord. Pour Ben Arès, sa contrée, c’est Madagascar. Un île où l’on rit bien de la belle gueule des mots, pourtant. Où le frotti-frotta avec la langue n’a de sens qu’à mille lieues des petites guéguerres intestines et institutionnelles.

De loin en loin, Ben Arès nous donne des nouvelles de Madagascar. Il y habite depuis 2009.

Aux Dianes est une longue dédicace. Un hymne. Un toast porté aux chasseresses. Aux femmes malgaches, besogneuses, bêcheuses, récolteuses, porteuses. À toutes celles de là-bas qui, depuis toujours, auraient pu s’effondrer. Se soumettre au joug des lois, des traditions et des hommes. Mais non. Elles restent fidèles au feu. À ce qu’il y a de sauvage. D’insoumis. D’incroyablement vif et vivant. À cette chose sans nom qui fait battre le coeur. Car à côté de la nécessité de survivre, il y a cette part sombre. Instinctive. Quasi animale. Sans nom véritable. C’est à cette part-là que s’intéresse Ben Arès. Elle exalte son lyrisme. « Booste » sa langue. Sa propension à écrire des litanies. De vastes accumulations.

aux princesses sauvages va-nu-pieds, et leurs chevelures lisses ou tressées, leurs chapeaux de paille, masques de beauté, leurs parures, ody, amulettes et charmes, leurs lamba colorés, talons aiguilles et décolletés (…)

Cela donne une langue entêtante. Quasi sacrée. Une mélopée qui hypnotise.

Pas d’exotisme bon marché pourtant. Ça aurait pu. Mais non. Même si Madagascar, son histoire, ses paysages, ses touches « typiques », sa langue même, sont omniprésents. C’est que Ben Arès arrive à se tenir au plus près du feu. Au plus près de ce qu’il aime dans la langue. Cette propension à inventer des images. À les enchaîner l’une après l’autre.

Ce rapport « ancien », quasi sacré, à la langue, on le retrouve, du reste, dans Mon nom est Printemps, second opus, seconde nouvelle de Madagascar. Il s’agit cette fois d’un récit poétique, en courtes proses, en triptyque. En trois plis, dira-t-on, pour reprendre les mots de l’auteur. La narratrice en est Printemps, jeune malgache vivant ici depuis l’enfance, mouton noir au milieu des blancs. Chacun des plis met à nu, expose, une part de la vie de Printemps. La façon dont elle a appris à taire sa part sombre. Par commodité. Par convenance. Un voyage à Madagascar avec son petit bout. La rencontre amoureuse qui la sortira, espère-t-elle, d’elle-même. Trois plis. Trois parts de vie donc. Mais, au-delà de l’anecdote, l’essentiel est ailleurs. Dans la langue à nouveau. La façon dont Ben Arès met tout cela « en musique ».

La langue de Ben Arès, ici encore, fourmille d’images, de formules quasi rituelles. Dans le premier et troisième plis, elles naissent d’une structure grammaticale simple et précise (nom + « de » + nom).

J’attends l’accoucheur de mon nom, le trouvère de progénitures célestes, le soleil pulvérisé, le passeur de l’autre côté. J’attends sans attendre le voyant de mon ombre, le petit doigt alerte, l’hérissé pudique de la Passion retrouvée (…)

Cela confère à l’ensemble un air barbare. Rend les choses énigmatiques. Comme dans les kenningars islandais, ces images tiennent parfois de la devinette. Comme dans Aux Dianes, le texte regorge de mots malgaches. Accentuant ainsi l’impression de lire une langue « exotique ». Venue d’ailleurs. D’un autre temps. Ici, on n’est guère loin de Michaux et d’Artaud. Les mots malgaches fonctionnent, d’ailleurs, pour peu que l’on ne consulte pas le glossaire, comme une langue inventée. Car il y a, chez Ben Arès, comme chez Artaud, comme chez Michaux, cette volonté d’arracher la langue à elle-même. D’écrire contre la langue fosse commune. De retrouver les feux des démesures et des excès.

Langue forte. Puissante. Et insoumise. Nous parlant autant de la Madagascar réelle et tangible que de nos Madagascar intérieurs. Ces régions inconnues et « exotiques » qui sont en nous. Langue faite de menus éclats, parfois douce aussi.

Toi qui fendis l’océan, accostant sur la rouge (…) écoute ta douce (…) ! Ici ne traverse pas un fleuve la nuit, c’est fady ! Ici ne crache pas vers l’est, c’est fady ! N’enjambe pas un corps endormi, ne marche pas sur l’ombre de celui qui passe, ne pointe pas ton doigt vers la maison des morts ! (…), c’est fady, fady !

Le second pli est un bonbon sucré. À lire l’hiver. Si le soleil et le printemps nous manquent. Ou si nous aspirons à vivre dans des terres plus hautes.

Ben ARÈS – Aux Dianes – Tétras-Lyre ; Mon nom est Printemps – L’Arbre à paroles

(article à paraitre dans Le Carnet et les Instants n° 178)

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où l’on incite à la lecture gourmande du dernier livre de jp verheggen

(c)le somnambule équivoque

PAR AMOUR DES JEAN ET DE LA LANGUE

D’abord une petite mise au point. À destination des aigres-trognes et de ceux qui lisent Jean-Pierre Verheggen superficiellement. Car, à coup sûr, on entend déjà d’ici les ronchons dire, à propos de Un jour, je serai Prix Nobelge : Verheggen écrit toujours le même livre, Verheggen ce sont des jeux de mots à toutes les pages et rien d’autre, Verheggen c’est surfait, etc.

Petit rappel dès lors. Un jour, il y a des décennies, Verheggen s’est assigné une tâche colossale. Prendre acte d’un fait ma foi fort simple et fonder toute sa pratique poétique sur ce fait : nous baignons tous dans de la langue, qu’elle soit écrite ou parlée. Ces langues nous accompagnent de la naissance au grand saut dans le vide. Langues et parlers de nos pères et mères. Pratiques langagières de ceux que nous lisons et admirons. Langues formatées des médias, des publicitaires, politiques, économiques. Langues mortes ou hyper codées, usées à force de n’être plus que des « images », de « belles paroles » dans un dictionnaire.

Puis, disons aussi ceci : si la poésie est une affaire de langue, il est logique qu’un jour quelqu’un, un poète, ait décidé de brasser ces langues-là. De les traverser, les retourner, détourner, l’une après l’autre.

On trouve ainsi, dans ce Prix Nobelge, de nouvelles traductions décalées de proverbes latins. Un voyage à travers le vocabulaire very british et hype des magazines. Un liste potentiellement infinie détournant des titres de livres célèbres. Une relecture hilarante des mots composés présents dans le dictionnaire. Etc.

Cela donne des choses comme celles-ci :

(…) Voyez Gastro et Entérite ! Quel sale type ce Gastro ! Il a beau être le Fidel (sic) bras droit de Maître Gaster, n’empêche qu’il ne cesse de poursuivre de ses assiduités les plus abjectes la fragile Entérite sous prétexte qu’il l’a toute entière dans les tripes ! Ah ! Quel enfer pour cette angélique et frêle demoiselle qui n’a pourtant, l’avoue-t-elle, qu’un appétit d’oiseau ! (…)

Je l’ai dit : traverser les langues figées, cuites et archi-cuites, les retourner sur elles-mêmes, est une tâche colossale. Impossible de la mener à bien en un livre. Ce serait même plutôt l’oeuvre de toute une vie. N’invente-t-on pas tous les jours de nouvelles langues de bois, de nouvelles manières de cuire et de confire la langue ? Les langues des médias sont, à ce titre, particulièrement « inventives », quel que soit le domaine abordé : sportif, politique, économique, etc. Il suffit de lire, d’écouter les mots et formules grouillant dans « le poste » pour s’en convaincre. Jean-Pierre Verheggen aurait pu constituer son grand oeuvre dans son coin : un livre de quelques milliers de pages que l’on n’aurait, avec un peu de chance, découvert qu’à la mort du poète. Verheggen en a décidé autrement. Il nous livre ainsi régulièrement un opus nous présentant l’état de ses recherches.

Car, au-delà de la traversée de ces langues quasi mortes, Verheggen traque. Ausculte. Est à l’affût de ce qu’il y a de plus inventif dans le français. À l’affût de ces langues qui empêchent le français de se clore sur lui-même. Cela se trouve aussi bien chez des auteurs connus (Scutenaire et Norge toujours des maîtres incontestés pour Verheggen) que chez Monsieur et Madame Toulemonde. Exemplaire est, à cet égard, la liste Des Jean bons Jean d’antan, où, aux côtés des Jean sur le tard / Jean bibiche / (…) Jean bouche au large / Jean qui lave l’eau / se retrouvent les Jean fifille habillé garçon / (…) Jean parmi les anges sans manigances / Jean bonne pâte, liste qui se clôture par un Jean des zines et des frasques / Jean hors d’équerre, etc. / qu’est-ce que je vous aime !

C’est que, parallèlement aux langues cuites, il y a aussi ces langues vertes qui s’inventent au quotidien. Une puissance d’invention infinie dont il convient également, en tant que poète, en tant que personne préoccupée des langues, de rendre compte. Tâche d’une vie également. Verheggen porte les lèvres à ces langues. Les goûte. Les avale. Avec délice, comme toujours.

Avec angoisse aussi.

Derrière la facétie du titre et les références à un panthéon personnel, les plus belles pages du recueil, les plus émouvantes, sont celles où l’auteur se met à nu, où il inspecte son corps vieillissant à la peau tavelée. Où soudain il ressemble à sa mère. Discrète interrogation sur le temps qui passe donc et sur le devenir d’une pratique poétique obstinée, généreuse, entièrement dévolue au pouvoir d’invention, à l’imagination, aux ressources vives et puissantes de la langue.

Jean-Pierre Verheggen – UN JOUR, JE SERAI PRIX NOBELGE

(critique parue dans « Le Carnet et les Instants » 177)

où l’on dit 2 ou 3 choses à propos de « diasporas », un livre de Tom Nisse

diasporas

PAROLE POUR LES DÉRACINÉS (article à paraître dans « Le Carnet et les Instants » 178)

Tom Nisse est d’abord une voix. Dans tous les sens du terme. D’abord, une belle voix de basse. Sonore. Parfaitement posée. Captant illico l’attention dès que Nisse ouvre la bouche. Dès qu’il déverse dans le micro ses poèmes si précis. Ensuite, il y a la « voix » des poèmes. La « présence » que l’on y sent pour peu que l’on soit attentifs à la manière dont Nisse « cadre » ses sujets – comme on le dit d’un photographe –, découpe dans le réel la part du monde qui l’intéresse.

Chance : dans Diasporas, cette voix et cette « voix » sont présentes à part égale.

D’abord, sur ce petit disque reprenant l’intégralité des textes des quatorze poèmes qui composent le recueil. Nisse n’est pas un acteur. Lit sans jouer. Sans « effet ». Se contente de nous donner les textes selon le rythme propre à chacun d’eux. Et c’est tant mieux. La musique, l’excellent travail de Nicolas Ankoudinoff au sax ténor et de Fred Roth à la basse, se chargeant de faire le reste. De nuancer les couleurs. Varier les textures. Apportant à chacun des poèmes son ton particulier. Cela va vite. S’écoute et s’écoule en une fois. Y prêter l’oreille en gardant sous les yeux le recueil donne une sacrée présence, sacrée puissance, sacrée aura, aux poèmes de Nisse.

Puis – et en même temps –, il y a les textes. L’écriture de Nisse. Sa « voix » particulière. Dans Diasporas, Nisse prête son art du cadrage, à quatorze parias. Réfugiés. Sans-papiers.

Nisse, le poète Nisse, s’efface devant leurs destinées, le récit de leurs vies. « C’est Zakir / qui parle », « C’est James (ou Philomène, ou Halima, ou Vlad) / qui parle », écrit-il, dit-il, à l’entame de chaque poème.

Suit ensuite, à chaque fois, le récit d’un ou d’une réfugié(e). Ainsi débute, par exemple, le récit de Vlad :

Je ne jure que par ma clarinette / je suis le fantôme de ma clarinette / j’ai discrètement dû vendre ma clarinette / ôter la musique à un déserteur / ôter les flambeaux ivres à un montagnard / équivaut à raréfier les restants du ciel / ce ciel auquel nous appartenons tous / tous frères d’horizons dissemblables (…)

Je n’ai aucune idée d’où viennent ces mots de Nisse. S’il les a recueillis au hasard des rencontres dans un lieu clandestin ou dans un centre pour réfugiés. S’il les a « rêvés », « inventés », à partir d’articles, de livres, de témoignages de personnes travaillant auprès de réfugiés. Aucune idée, donc, si, réellement ou non, Tom Nisse prête sa « voix », son art du cadrage, à des personnes existantes ou si tout cela est, disons, une fiction. Peu importe, en fait : ces mots sont justes et puissants, frappent où il faut. Sans pathos. Sans esbroufe. Droit au but.

C’est Zakir / qui parle : / Dans la prison ce qui marque / c’est le nombre d’araignées / je suis jeune j’en suis sorti / avec trente-neuf brûlures / de cigarettes dans mon dos / trois jours plus tard c’était la route / après les semaines c’était l’Europe / et dans les montagnes du Balkan / deux des filles n’ont pas pu atteindre / l’autre rive nous n’avons pas attendu (…)

Dans Testimony puis dans Holocaust, le poète américain Charles Reznikoff nous rapportait de cette manière, simple et sans fard, des témoignages de survivants de l’holocauste ou de personnes impliquées dans des procès. À la différence près que, contrairement à Reznikoff, ces « témoignages » ne sont pas anonymes. Que Nisse ne tente pas de nous donner un « portrait global » d’une époque ou d’un événement sans précédent. À la différence près que, tout cela, tout ce qu’écrit Nisse, est peut-être inventé. Est peut-être une fiction. Mais peu importe.

Pas pour rien, en tout cas, que le titre du recueil soit Diasporas et non Diaspora. Il n’y a pas de « diaspora générale ». Il n’y a que des destinées singulières. En donnant « voix » à ces réfugiés réels ou imaginaires, Nisse fait en sorte que chacun d’eux existe. Sorte du bois ou de l’ombre. Ne soit plus un simple chiffre dans une statistique.

Pour ce faire, Nisse s’oublie. Met de côté sa personnalité d’auteur, ses émotions et réflexions personnelles. Ne restent alors « que » les rêves brisés. Les envies bafouées. Quelques faits aussi. Juste assez pour que nous, ses lecteurs, auditeurs, reconstituions le puzzle.

Un regret – ou un souhait, tout personnel, pourtant. Pour Testimony et Holocaust, Reznikoff avait épluché des milliers de jugements. Je croise les doigts pour Tom Nisse fasse de même. Poursuive patiemment, durant de longues années, le « travail » proposé ici. Que cela fasse, en bout de course, un bon millier de pages de poèmes éminemment « politiques » et « engagés ».

Il y a matière à, je pense.

Non ?

Tom NISSE – Diasporas – Tétras-Lyre – coll. Par Ouï-Lyre

où l’on invite à lire sebastian dicenaire et ses poèmes de l’ère des autoroutes électroniques

dicenaire

Sebastian Dicenaire est un auteur multifonction. Touche-à-tout. Aimant l’hybridation. Le croisement non seulement des genres mais aussi des pratiques. N’est-il pas autant un écrivain « traditionnel », publiant au fil du temps de rares livres parfaitement ciselés, qu’un homme de radio, réalisant des fictions pour les ondes qui sont du véritable cinéma pour l’oreille ? Ou encore un homme de scène, pratiquant une poésie sonore complexe mêlant, non sans humour, textes, voix, machineries diverses et collaborations avec musicos expérimentés ?

Qu’attendre dès lors d’un recueil de poèmes d’un tel gaillard, si ce n’est de nous emporter ailleurs, dans des zones inexplorées, voire inexistantes ?

Depuis plusieurs années, l’une des sources d’inspiration favorites de Dicenaire est l’univers des quotidiens et des magazines. L’intéressent moins, ici, au fond, le contenu des articles qu’il détourne – bien qu’il les choisisse avec soin – ou le fait qu’ils seraient comme des miroirs reflétant parfaitement notre époque – bien qu’il soit, comme on le verra plus loin, attentif aux effets de réel que génèrent ces médias.

L’intéressent plutôt leur langue et la manière dont elle fonctionne.

Nous lisons tous, tous les jours, des articles, version papier ou version net. Il s’en écrit un nombre invraisemblable par semaine. Pour peu que vous portiez attention à leur langue, très vite, vous vous rendez compte à quel point un article s’écrit à l’aide de formules toutes faites, souvent interchangeables. Peu importe le sujet traité. Cela est supposé nous donner une image « réelle » du monde. Cela est supposé être « objectif ». Coller comme un gant à la réalité.

Dicenaire sait que cela sonne faux et creux. Dicenaire aurait pu le déplorer, au nom d’un usage « vrai », « véritable » et « véridique » de la langue. Mais non. Dicenaire prend acte et s’amuse. Poussant jusqu’à l’absurde la logique d’une langue où tout, littéralement, peut prendre la place de tout. Où tout est interchangeable.

Cela donne des « poèmes » comme celui-ci :

Un commando de techno-paysans gays s’est ligoté silencieusement aux ruines industrielles d’un parc d’attraction antique. Leur action vise à dénoncer, avec une certaine nostalgie, la tendance actuelle de la société à séparer définitivement libido, spiritualité et hautes technologies.

Ou encore celui-ci :

Dans les décombres on a retrouvé une jeune mère de famille et son avorton de bonheur rabougri. Ils ont immédiatement été transférés dans un service de digestion rapide et ont été congelés dans l’heure pour la sécurité de tous.

Bien sûr, de tels montages renvoient en ligne directe aux cut-ups de William Burroughs et Brion Gysin. Bien sûr. Bien sûr, de tels poèmes s’inscrivent dans la maintenant longue tradition du détournement des médias et des publicités. C’est évident. Bien sûr, on pourrait même penser, à lire Dicenaire, aux célèbres nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon. Certes certes. Mais, à enfermer Dernières nouvelles de l’avenir dans un tel réseau de références, on louperait l’essentiel : la spécificité de Dicenaire.

Son style. Sa façon, bien à lui, de détourner les choses. Sa façon « critique » de dévoyer et d’envisager la langue.

La « méthode » Dicenaire ?

Simple.

Prenez une langue. Celle des quotidiens et des magazines. Dévoyez-la. Poussez à l’extrême sa logique et son fonctionnement. Elle se révèlera alors pour ce qu’elle est : une machine folle et drôle, produisant du « réel » jusqu’à l’absurde. Une langue « mathématique », fonctionnant toute seule comme une grande. Une langue qui, à la limite, n’a besoin d’aucun fait « réel » pour générer ses articles. Une langue qui, bien qu’elle ne cesse de se dire « objective » et « collant de près à la réalité », se révèle insensée et creuse. Une coquille vide.

Le « rôle » du poète là-dedans ?

Prendre acte. Partir de cette langue-là, « insensée », « mécanique ». La singer. Ouvrir la bouche. Bâiller. Dire comme elle des algorithmes. Des formules qui frappent. Être insensé. Faire de sa langue une coquille vide. Potentiellement inventive pourtant : il y a, dans cette langue, tout un monde qui grouille et ne demande qu’à surgir. Il suffit de connecter à propos les choses, les bribes de mots, les bribes de savoir.

Dernières nouvelles de l’avenir ? Un discret manuel, dans le fond. Un discret traité sur l’art d’écrire une certaine poésie à l’ère des autoroutes électroniques.

(Dernières nouvelles de l’avenir paraîtra en septembre 2013 à l’Atelier de l’Agneau. Dernières nouvelles de l’avenir contient 84 pages. Dernières nouvelles de l’avenir est écrit en français de maintenant même s’il parle de l’avenir. Cette critique de Dernières nouvelles de l’avenir paraîtra, quant à elle, dans le n° 178 du Carnet et les Instants.)