où, avec Denys-Louis Colaux, on dénude l’esquimaude et ses désirs

DES CORPS NUS, SACRÉS ET MUSICAUX (à paraître dans « Le Carnet et les Instants » n° 180)

d.l.colaux

Les Désirs de l’Esquimaude ? Douze suites de poèmes, non pas « érotiques » mais d’amour. De volupté, même.

Car, ici, les corps dénudés, le balancement des hanches, la chaleur des cuisses, « le plus beau cul que la terre eût conçu », ne sont que des prétextes. Des « véhicules » transportant le poète-narrateur ailleurs. Lui permettant de jeter « la vie / un instant / au-dessus de la canopée ». Lui permettant de se consoler « de la laideur / de l’univers / de (lui)-même / des hommes ». Se déroule alors devant nous un tapis sans fin de vers baroques, de métaphores improbables où tout se mêle et s’échange : l’animal et le végétal, le trivial le plus trivial et le précieux le plus précieux. C’est que la langue de Colaux est généreuse. Convie à la fête des corps la création toute entière, dirait-on. Qu’elle soit naturelle, picturale, musicale ou littéraire. Les Désirs de l’Esquimaude grouille de références. De mots rares. D’images poétiques fortes.

Le but de tout cela ? Réenchanter.

C’est que, malgré ses références indubitablement contemporaines ou modernes – on croise ainsi, au détour d’un vers, Jimi Hendrix, Raoul Duffy, Joyce Mansour et autres réenchanteurs –, il y a du poète ancien, très ancien, chez Colaux. Impossible, pour ma part, de lire ces Désirs sans penser aux textes sacrés. Cantique des cantiques en tête. Même envie, alors que l’amoureuse au fond « n’est rien / qu’un vague morceau d’être / errant devant le vide // qu’un ustensile humain », d’insuffler aux corps aimés « tout le soûl / de (son) harmonium affolé ». Même envie de joindre les expériences – réelles, vécues ou fantasmées – de l’extase et de la volupté à la poésie.

Même envie de transporter. Par le plaisir des sens à mettre en bouche, à dire comme un chant. Pour faire entendre encore, à nos oreilles de chair et à nos corps tout en os, la douce musique des sphères.

Denys-Louis Colaux – LES DÉSIRS DE L’ESQUIMAUDE – Atelier de l’Agneau – 2013

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s