où l’on renvoie à « tomorrow » un film de martine doyen

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« Tomorrow » est un film réalisé par Martine Doyen. Un film zéro budget réalisé sur 5 ans. Un film largement improvisé sur la procrastination. Un film qui s’est créé à son rythme donc. Lent et drôle. Peter Kern, Bruce Geduldig, Rémy Mercelis et Antoine Boute en sont les acteurs. Cela se passe à Bruxelles et Matmata, Djerba. C’est hilarant, jouissif et se visionne ici.

Il dure 1 h 11 et j’en ai regardé 30 minutes. Après 30 minutes, je n’avais pas encore vu l’ami Antoine Boute. J’ai décidé alors de visionner la suite demain jusqu’à ce qu’apparaisse à l’écran l’ami Antoine Boute. Je finirai la vision de ce film après-demain. Ou la semaine prochaine. Inutile d’insister sur le fait que je m’identifie totalement aux personnages.

Signalons aussi que Martine Doyen a filmé tout cela à la petite caméra bon marché. Monté cela à la maison. Le cinéma aujourd’hui peut se faire pour pas cher. Les films pas chers réalisés par ce cinéma pas cher peuvent aussi se regarder avec joie et délice. « Tomorrow » en est la preuve. Merci donc à Martine Doyen et à ses acteurs de nous faire ainsi rentrer dans leur vision burlesque et si sérieuse pourtant de la procrastination.

PS: Il existe aussi un site où Martine Doyen parle de son film. Il est à visiter ici.

Bonne vision et belle lecture à toutes et tous.

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où l’on invite à faire connaissance avec samuel rochery

Samuel_Rochery

Samuel Rochery est auteur, traducteur. Il bidouille aussi les sons. Les guitares. Les voix. Fait de superbes petites pièces sonores « à la maison ». Comme auteur, on lui doit plusieurs livre parus tant en France qu’au Québec. Livres de « montages » de poésie, hyper précis. Comme traducteur, Samuel Rochery est l’un des tous grands bonhommes actuels, mettant à notre portée – à la mienne, en tout cas – des pans entiers de la littérature anglo-saxonnes.

Samuel Rochery tient et a tenu plusieurs blogs. Comme on le voit, sa discrétion ne l’empêche pas de suivre diverses pistes, aussi passionnantes les unes que les autres.

J’invite les curieux et les curieuses à découvrir le travail tout en finesse de Samuel Rochery à partir de ce blog/site. Le soundcloud de Samuel Rochery y est tout à fait enthousiasmant. Entre poésie sonore, lecture performée et méditation zen. Ni plus ni moins.

Belle visite à vous.

PS : Suite à sa visite du blog de Samuel Rochery, Claire Terral me glisse le nom de Clément Vercelletto. Un compositeur lyonnais, je pense. Son site est audible et visible ici.

où l’on se réjouit d' »agaves féroces », le superbe nouveau livre de nicolas marchal

OÙ L’ON LAISSE LE SOLEIL CUIRE DES OEUFS SUR NOS ÉPAULES

(article à paraître tout bientôt dans « Le Carnet et les Instants »)

 nic.marchal

Des fois, après la lecture d’un livre, on aurait juste envie de dire merci. Merci, cher auteur, pour le plaisir, la fièvre et l’exaltation. Merci, quoi, de nous avoir livré cette petite machine, parfaitement huilée, cette machination hors-pair.

Sans conteste, Agaves Féroces est, pour moi, un tel livre. Merci, donc, à Nicolas Marchal d’avoir écrit ce petit bijou.

Merci pour l’humour. Ravageur. Tellement rare, en littérature, l’humour. Tellement sérieuse. Collet monté. La littérature. Tellement naphtalinée. Et merci pour les fous-rires. Tellement rares les livres de littérature – j’insiste : de littérature – qui déclenchent à ce point les fous-rires, les larmes aux yeux, les maux de ventre. Impossible, pour ma part, de garder mon sang-froid lors de la montée au volcan, petit matin, d’Yves – le narrateur. Impossible de ne pas me laisser emporter par cette langue délirante, pince-sans rire, enchaînant sans repos énormité sur énormité, nous faisant entrer dans le babil, fou verbiage, fou monologue, d’un homme qui, tout du long du livre, aura tenté de rassembler ses billes. De reprendre pied.

Car lire Nicolas Marchal, depuis son premier livre, c’est côtoyer des délirants. Des personnages bien frappadingues. Des narrateurs pour qui la langue, la parole, est le moyen, seul moyen, de tenir encore en un morceau. Des personnages fissurés et rapiécés qui ne se rendent pas compte à quel point parler, dire, raconter, les rafistole. Et plus ils parlent, plus ils se fendillent. Pour notre plus grande joie. Notre plus grand plaisir. Sans honte aucune, d’ailleurs : les personnages de Marchal sont clairement des êtres de fiction. Marchal ne cherche pas, jamais, « l’effet de réel ». Même s’ils s’inspirent de gens, de professions, de rencontres que nous pourrions faire tous les jours. Les personnages de Marchal sont, en somme, des caricatures. Des exagérations.

Merci de cela aussi. D’écrire des fictions exagérées, résolument non « réalistes ». Ne cherchant pas la séduction facile. Ne nous refaisant pas, pour la x ième fois, le coup de « l’expérience ou du vécu à partager », le coup de la « profonde pensée sur le monde comme il va ». Écrire est une joie. Ce qui ne veut pas dire que cela aille de soi. Ne soit pas dépourvu de doutes et de remords. De sueur aussi. Ce qui ne veut pas dire que les olibrius rencontrés dans les pages de Marchal n’émeuvent pas. Ne touchent pas. Marchal a même plutôt le don de brosser en quelques lignes bien troussées le désarroi, les petits vieux assis sur un banc, les élans amoureux et intérieurs, les fantasmes érotiques qui passent généralement, vite fait bien fait, en rapide petite brise dans nos têtes. Toutes ces choses minuscules, ces séismes du dedans, ces coups d’angoisse subite, oui, on trouve tout cela aussi, chez Marchal. Mais l’air de rien. Comme des clins d’oeil aux lecteurs. Tant la langue, toujours la langue, son travail, son tourbillon, nous emmène, à 1000 à l’heure, dans les pensées, les raccourcis, les va-et-viens obsessionnels du narrateur.

Et puis, chez Marchal, il y a aussi la bibliothèque. Le goût des livres. Le plaisir de nourrir sa fiction par des recherches. Des lectures nombreuses. Agaves Féroces peut se lire comme un hommage à Malcolm Lowry et à son chef-d’oeuvre, Au-dessous du volcan. Yves est assistant-professeur à l’université. Spécialiste délirant de Lowry. Rédigeant sa thèse depuis plus de vingt ans. Yves est invité dans l’urgence à rejoindre « Le Professeur » dans un obscur petit bled du sud de la France. « Le Professeur ». Ce fieffé imposteur. Le type qui se pique d’être le spécialiste de Lowry. Le type dont, il faudrait le dire, toutes les thèses et hypothèses sont outrageusement pompées sur les fulgurances, les audaces de l’esprit, du génial Yves. Agaves Féroces, ce sera cela : la plongée dans un village qui ressemble au Mexique. Où des broussailles en pagaille volètent sur les places poussiéreuses. Où des chiens galeux chient des crottes dures comme des cailloux. Où l’on croise des doubles d’Artaud et de John Huston. Où le soleil cuit des oeufs sur les nuques surchauffées. Où tout finira, comme dans Au-dessous du volcan, dans le mescal, une beuverie immense et une catastrophe apocalyptique.

Du tout grand art.

Un extrait ? Non. Pas d’extrait. Dans Agaves Féroces, il faut tout lire. Mot à mot. Ligne à ligne. Ne rien perdre. En donner un extrait serait se passer de tout ce qui ne serait pas cité. Autant plonger dans l’ensemble, dès lors, non ?

Nicolas Marchal – AGAVES FÉROCES, éditions Aden

où, allez, zou !, on présente mordecai moreh en 5 images et 1 bio déglinguée

Mordecai Moreh est essentiellement un graveur. Mordecai Moreh est né à Bagdad. A vécu dans des camps. A dessiné comme un fou dans les camps pour ne pas devenir sot. A étudié ici et là. À Paris. Jérusalem. Ci-dessous, la bio déglinguée de Mordecai Moreh. Une bio déglinguée est une bio écrite à partir de quelques éléments réels, faits de vie vécus. Ces éléments et faits de vie éclatant, pouf, comme des pop-corns, des grains de maïs prenant tout à coup de l’ampleur et se répandant joyeusement dans l’espace. Cette bio déglinguée – ainsi que celle de Jakob Steinhardt et Jakob Pins –  a été lue le 8 janvier 2014 au Musée Juif, à Bruxelles. Pour une « vraie » bio de Moreh, allez voir ici.

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Animaux chers animaux. Vous les grouillants et les voletants. Vous les parias ras-du-sol qui paissiez premiers dans les herbes à semence. Entre les arbres à fruits et les pousses naissantes. Vous les petiots ailés qui passiez paisibles au-dessus des terres vides et des fonds. Grands fonds de l’océan. Vous les macaques et les baleines. Et vous. Foule vivante des poissons de l’océan. Salut à tous. Salut à vous. Chers voûtés. Chers abattus. Chers débités. Venez et revenez. Revenez voir comme c’est bon. Malgré tout. De sortir à sec. À découvert. De laisser derrière soi ses trous terriers. Ses nids. La lumière vous appelle. Nom de nom. La lumière vous attend. Prenons plaisir et grand plaisir à errer. Vagabonder un peu ensemble. La nuit. Sur les toiles des tentes et dans le vent. Il suffit de se laisser prendre. Nom de nom. De se laisser aller. Allez. Zou. Moi Mordecaï. Petit paria. Petit petiot vivant dans le camp. Dans les toiles blanches du camp. Dans les tentes blanches brillant à l’horizon. J’appelle ici. La nuit. Chaque éléphant par son nom. Et chaque bestiole urticante par son nom. Et chaque oiseau appelé par son nom. Chaque lapin appelé par son nom. Chaque petit lapé. Tombé chez nous. Dans nos assiettes. Dans nos gamelles à nous. Oiseux salopiauds. Petits marmots vous appâtant. Vous épatant. Éblouissant. Zou. D’un petit tour de passe-passe. Vous réduisant à rien. Trois fois rien. Une sale merde vagissante dans le désert. Un nuage de poussière dispersé dans le vent. Et chacun. Chaque appelé peut venir. Tel qu’il est. Pas de différence. Pas de hiérarchie. Entre les fauves. Les rampants et les urticants. Les grouillants et les voletants.

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Animaux. Chers grouillants et voletants. La nuit. La panse est tendue. Les repus s’étirent. Dorment tout nus dans leurs lits. Il suffit. Alors. La nuit. De dire. D’appeler. Zou. Un à un. Par son nom. Chaque vivant. Chaque oiseau. Lapin macaque et grenouille. Et zou. Zou. Chaque vivant se déplace. Vit et respire. À nouveau. Chaque vivant selon son espèce. Chaque espèce selon son espace. Et nom de nom que c’est bon. Nom de nom que c’est doux. La grosse et petite bête ondulent à nouveau dans les eaux. À nouveau le gorille passe sans crainte sous la voûte des arbres. À nouveau le sansonnet se perd dans la barbe à papa des nuages modelés par le vent. Et tout ce qui vole a des ailes. Tout ce qui nage a des nageoires. Tout ce qui foule a une foule de pattes articulées pour fouler.

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Animaux. Chers animaux bestiaux. Naissance. Ici et maintenant. Dans le noir. Dans la tente. Dans le vent. Naissance. Ici et comme ceci. Dans ma bouche et mon souffle. De ce qui vit et respire. Naissance des bêtes sauvages et des bestioles invisibles. Des virus et des microbes. Des plantes végétales et des légumes craquants. Des carottes mauvâtres et du chou-rave. Du rutabaga et du poivre rosé. Ensemble soyons des beaux. Des beaux et des égaux. Nom de nom. Ensemble soyons. J’ai dit. Moi Mordecaï. 

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Puis. Ensemble. Avons été. Nous autres. Des beaux et des égaux. Donnant semence. Toutes les nuits. Nous autres. Nourrissant. Fluides. Les terres et les eaux. Les buissons et les rivières. Petites pluies tombant sur les surfaces. Petites pousses poussant à la surface. Avons. Ainsi et comme ceci. Nous autres. Frémi ensemble des narines. Après les repas. Les mises à mort. Sortant des flots. Sortant des sols. Certes. Nous divisant en quatre les mauvais jours. Nous rabibochant les bons jours. Nous obstinant. Ensemble. Toujours. À être. Persister. Demeurer. Rester. Durer. Exister. 

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où l’on dit que, mercredi, il y aura une perf de l’auteur au musée juif de belgique

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PERF + + + PERF + + + PERF +++ mercredi 8 janvier 2014 + + + à partir de 20h15 et plusieurs fois dans la soirée + + + au Musée juif de Belgique + + + à l’occasion de l’exposition consacrée à la donation Lammel + + + ouverture des portes à 19h par une visite guidée d’Olivier Hottois + + + PERF + + + PERF + + + PERF inédite +++ y lirai performerai 3 biographies consacrées à 3 des artistes dont des oeuvres sont présentes dans l’exposition + + + Jakob Steinhardt + + + Jakob Pins + + + Mordecaï Moreh + + + biographies à ma sauce évidemment + + + mêlant faits réels ET impacts des oeuvres + + + leur façon bien à elles d’exploser comme des pop-corns dans ma vie + + + cela donne ceci par exemple + + + (au passage un tout grand merci à Tom Nisse de m’avoir donné envie d’emboîter la piste tracée par ses « Diasporas ») + + +

C’est Mordecaï qui parle (extrait)

 … Puis : Animaux chers animaux. Vous les grouillants et les voletants. Vous les parias ras-du-sol qui paissiez premiers dans les herbes à semence. Entre les arbres à fruits et les pousses naissantes. Vous les petiots ailés qui passiez paisibles au-dessus des terres vides et des fonds. Grands fonds de l’océan. Vous les macaques et les baleines. Et vous. Foule vivante des poissons de l’océan. Salut à tous. Salut à vous. Chers voûtés. Chers abattus. Chers débités. Venez et revenez. Revenez voir comme c’est bon. Malgré tout. De sortir à sec. À découvert. De laisser derrière soi ses trous terriers. Ses nids. La lumière vous appelle. Nom de nom. La lumière vous attend. Prenons plaisir et grand plaisir à errer. Vagabonder un peu ensemble. La nuit. Sur les toiles des tentes et dans le vent. Il suffit de se laisser prendre. Nom de nom. De se laisser aller. Allez. Zou. Moi Mordecaï. Petit paria. Petit petiot vivant dans le camp. Dans les toiles blanches du camp. Dans les tentes blanches brillant à l’horizon. J’appelle ici. La nuit. Chaque éléphant par son nom. Et chaque bestiole urticante par son nom. Et chaque oiseau appelé par son nom. Chaque lapin appelé par son nom. Chaque petit lapé. Tombé chez nous. Dans nos assiettes. Dans nos gamelles à nous. Oiseux salopiauds. Petits marmots vous appâtant. Vous épatant. Éblouissant. Zou. D’un petit tour de passe-passe. Vous réduisant à rien. Trois fois rien. Une sale merde vagissante dans le désert. Un nuage de poussière dispersé dans le vent. Et chacun. Chaque appelé peut venir. Tel qu’il est. Pas de différence. Pas de hiérarchie. Entre les fauves. Les rampants et les urticants. Les grouillants et les voletants.

 … Nom de nom.

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