où l’on poursuit le postage de « conquête du pays ugogo » – jour 2 – paragraphe 2

philippe_aigrain

image – philippe aigrain

durant 5 jours, 1 paragraphe de « conquête du pays ugogo » par jour – jour 2 – paragraphe 2.

belle lecture à toutes et tous.

jour 1 – paragraphe 1 – lisible ici

(…) et j’ai repoussé 67 nuées de moustiques, 82 12 nuées de guêpes, 8 2 12 nuées de mouches carnivores, à grands coups de moulinets, de bras et de torchons brassant l’air, à grands coups d’enfumoirs, de braseros de paille et de torchis humides, puis j’ai limé, à la lime à ongles, 8 canines pointues de grands fauves, 15 canines 3/4 de singes babouins, renversé, dans les boues, dans les soues, dans les cours, dans une lutte intense, 13 2 grands corps de guerriers phacochères, 54 rhinocéros, 2 éléphantes, puis j’ai chauffé 8 poêlons de lait de bufflonne, préparé le chocolat en poudre, râpé le pain de sucre, façonné à la cuiller et à la main la pâte d’amande, repassé 8 mannes 12 de linges de chambre, de linges de bain, de linges de cuisine, passé partout sous les lits le torchon humide et la loque à reloqueter, repeint nos 18 portes intérieures, nos 3 chaises de fortune, nos châssis de fenêtre, tondu nos béliers et trait nos chèvres, puis j’ai ouvert la porte à Fe, première venue, première revenue, et j’ai épousseté la neige incrustée, la glace incrustée, dans la capuche de Fo, dans le cache-nez de Fouï, puis j’ai ciré les pompes miteuses de Fon, les pompes crottées de Fan, les pompes crasseuses de Faï, puis j’ai servi le potage à Yé, les pommes-de-terre à Yi, puis j’ai mis You et Ya à dormir dans leurs lits, sous leurs couettes, puis, dans une marmite, sur le fourneau, j’ai chauffé l’eau pour les bains, l’eau pour les barbes, j’ai enlevé patiemment, dans le bruit, le charivari, la bousculade, le brouhaha des dortoirs, à la loupe et à la pince à épiler, les échardes du doigt de Yeu, les limailles des orteils de Yoï, les aiguilles de figues de Barbarie des paumes de Yuï, des paumes de Yu, puis j’ai réparti, équitablement réparti, dans les assiettes et les gamelles, les boulettes et les pains de viande, les purées d’artichauts et de vitelottes, les filets de saumon et de sandre, puis ai porté Yeï et Ye à dormir, à proximité du poêle à bois, dans les parages de Yo et Youï, sous la même couette que Yon et Yan, puis ai distribué à la ronde 3 clins d’oeil et 18 3 bisettes sur la joue, 15 accolades, 67 tapettes sur la tête, l’omoplate gauche, et la nuque, puis ai porté Yaï à dormir, ai bordé toute la bande, dans leurs lits, sous leurs couettes, puis n’ai rien écouté des choses inadéquates, des choses que Ché et que Chi, en pijama, debout sur leurs lits, s’efforçaient de crier à tue-tête, toutes ces choses sur nos vies, « Manquées. Manquantes », a dit Chou, debout sur son lit, « Sans intérêt », a dit Cha, debout sur son lit, « De vrais gâchis », a dit Cheu, courant entre les armoires, « Tout ce temps passé à fabriquer », a dit Choï, renversant les tables, « À fabriquer puis empaqueter », a dit Chuï, renversé par terre, « À expédier », a dit Chu, faisant valdinguer son polochon, « À découper et à plier », a dit Cheï, le petit doigt en l’air, « Selon les normes normées », a dit Che, ses petites fesses en l’air, « Les pointillés », a redit Che, soudainement hilare, « Les points a puis les points b », a dit Cho, soudainement atone, « Toutes ces vies pensées pour nous », a dit Chouï, « Toutes ces vies pensées sans nous », a dit Chon, « Toutes ces vies normées bien mesurées », a dit Chan, « Toutes ces vies épuisantes et épuisées », a dit Chaï, et : « Oui. Bon. C’est bien. C’est bon. On range maintenant et puis dodo », j’ai dit, et : «Oui. Bien sûr. On range. Et puis dodo », a dit Pé, et : « Oui. Dodo. Oui. Pourquoi pas ? », a dit Pi, puis tous, tous tous, ont rangé les essuies de vaisselle et de bain et les produits de beauté, les serpillières et les loques à poussière, les petits souvenirs tranquilles et les porte-bonheurs, les cailloux des rivières et les brindilles des bois, puis tous, tous tous, ont scié du bois, et tous, tous tous, se sont tenus tranquilles.

« conquête du pays ugogo », c’est aussi un festival « général instin » qui s’est tenu à belleville (paris) en juin 2014 – on en trouvera des traces ici.

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