où l’on termine joyeusement notre visite de 5 jours dans la « conquête du pays ugogo »

(c) patrice masson

(c) patrice masson

Bon. Voilà. Ça se termine. 5e jour. 5e paragraphe de Conquête du Pays Ugogo. D’autres extraits, d’autres paragraphes paraîtront ailleurs. En revue papier ou sur le net. Des extraits mis en voix et en musique sont prévus. Ils seront écoutables une fois qu’ils seront prêts. Cela devrait se faire au cours de l’année. En attendant, voici les liens pour voir/lire les autres jours et paragraphes :

Jour 1 – Paragraphe 1

Jour 2 – Paragraphe 2

Jour 3 – Paragraphe 3

Jour 4 – Paragraphe 4

(…) puis : « Allons », j’ai pensé, et : « Laissons », j’ai pensé, puis suis allée, dans la cuisine, devant frigo frigidaire, et j’ai laissé derrière, dans l’escalier, les douches communes, les paroles inadéquates, puis ai ouvert en grand frigo frigidaire, et j’ai vu ce qu’il manquait en grand, dans frigo frigidaire, tous les oeufs, tout le lait manquant en grand, toutes les sardines en boîte manquant en grand, et, accroupi, dans la cuisine, devant frigo frigidaire ouvert en grand, j’ai noté, scrupuleusement noté, dans mon carnet, tout ce qui manquait en grand : « Aujourd’hui, 24 12 13 mauvais mars 2000 doux : lait + oeufs + sardines à l’huile = ce qui manque en grand très grand, aujourd’hui, dans frigo frigidaire. Ne pas oublier de pallier. Ne pas oublier de remédier. D’aller faire un tour. De palper les pis dans les prés. De palper, à l’aveuglette, les nids de paille des poules. De pincer, discrètement pincer, nos nez à la pêcherie. Au retour, ne pas oublier les remèdes, les pilules et les sirops pour la toux. Au retour, ne pas oublier de torcher le chien Jupiter. De passer son dos à la paille. Puis, le soir, ne pas oublier d’essorer au torchon ses papattes, ne pas oublier d’épouiller la hyène Mercure. Quand ils rentreront le soir. Quand ils voudront se chauffer. Dans le dortoir. Près du poêle. À proximité des soupes de haricots. Des bouillis mis à bouillir. Des viandes qui grillent. Ne pas oublier la paperasse, les factures de gaz et d’électricité, déposées sur le coin de la commode, les factures d’eau et de chaudière, punaisées au tableau de la cuisine. Car, aujourd’hui, 24 2 fois 2 mars, en matinée, il convient de ne rien oublier. En soirée, il convient de noter, scrupuleusement noter, tout ce qu’il y aura à faire, à fabriquer, à inventer, tout ce qu’il y aura à scier, raboter, dépecer et percer, tout ce qu’il y aura encore à faire, quand toute la bande dormira, se reposera ou se distraira. Négligera de penser un peu, ou beaucoup beaucoup, à toute cette vie rangée, à toute cette vie manquée, à tout ce qui nous manque dans cette vie, à tout ce que nous pourrions avoir si nous pensions un peu, parfois, ou beaucoup beaucoup », puis j’ai pensé à ranger mon carnet dans la poche gauche de mon cache-poussière bleu et rose et j’ai glissé derrière mon oreille droite mon crayon pointu, taillé, patiemment taillé en pointe, à la lime à ongle, au beau couteau suisse.

D’autres extraits et états antérieurs du manuscrit sont lisibles/visibles ici :

revue papier « revue bâtarde, éditions « In de Keuken »

VUAZ, un livre paru aux éditions Maelström, dans une renversante mise en page de Patrice Masson

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