où l’on donne à lire 2 ou 3 réflexions après la présentation de « tout autre chose » à namur

Petites réflexions, à la volée, suite à la première rencontre « Tout autre chose », à Namur. Petites idées, envies, etc., venues après coup, bien sûr. Comme toujours. Petites questions, livrées en vrac, à destination de ceux et celles qui étaient là hier, à destination des autres aussi, ceux de Bruxelles, Liège et d’ailleurs…

 

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Pas question, donc, ici, de refaire l’historique, ni de la soirée, ni du mouvement. Pour ce faire, les curieux et les curieuses se reporteront au site « Tout autre chose ».

Juste noter, donc, ce qui, le jour d’après, me vient en tête. Noter ces choses, sans hiérarchie, mais néanmoins selon certaines balises. Commencer par celle-ci :

 

POLITIQUE

Lors de la soirée, Réné Georges énonce les 10 balises du mouvement. Les cite juste sans entrer dans le détail : « Nous voulons une société : démocratique – solidaire – coopérative – écologique – juste – égalitaire – émancipatrice – créative – apaisée – réjouissante ». Un de mes voisins rétorque ensuite à peu près ceci : « Ces balises n’ont rien de neuf. Les libéraux et les socialistes signeraient en dessous à deux mains ».

Sauf que.

À lire le détail de ces balises, aucun libéral, aucun socialiste ne signerait en dessous. Personnellement, je vois, derrière le détail de ces balises, des racines très précises. Une réelle philosophie politique. Très à gauche. Des racines dans la gauche radicale. Dans l’anarchisme. Le zapatisme. Et au-delà. Par au-delà, j’entends : Issues de sphères que je ne connais pas bien, dont j’ai, jusqu’ici, peu ou mal entendu parler. Des sphères de chercheurs, penseurs politiques, qui ne se situent dans aucun particularisme, aucun mouvement en -isme.

Je pense alors ceci : Lors de la soirée, nous n’avons pas abordé les « racines », les « origines » de ces balises. Pas de raison, pourtant, d’avoir honte de ces « origines » : Toutes ces sphères, cercles d’actions et de pensées, sont des forces vives, proposent des pistes d’actions et de pensées pour aller voir ailleurs, vivre concrètement « tout autre chose ». Proposent aussi une critique réelle et radicale de nos sociétés occidentales. De nos façons de vivre et de penser l’économie. De nous soumettre aveuglément à la pensée dominante. Celle du capitalisme à tout crin. Usant d’une logique qui nous déshumanise. Nous machinise. Fait de nous des pions interchangeables. Gommant nos particularités. Se fichant bien de nos états d’âme.

Je pense encore ceci : Il n’y a pas à attendre de la logique dominante une remise en cause ou en question de nos sociétés. Pas de raison de croire que, par grandeur d’âme, ou bien prise de remord, elle se mettrait, tout à coup, à changer de cap. Pas de raison de croire qu’une critique de cette logique est à attendre des partis, des hommes et femmes politiques, des structures syndicales ou autres. Ces partis, hommes, femmes, structures, etc., fonctionnent dans l’idée que nos sociétés sont là pour toujours. On peut négocier, tenter d’aménager les choses, de ménager les susceptibilités. Bon an mal an, on continue ainsi à vivre selon cette logique dominante, qui n’est jamais réellement remise en cause.

Je pense alors ceci : Une critique de cette logique ne peut venir que de l’extérieur. De pensées résolument venues d’ailleurs. D’autres points de vue. Les 10 balises y font, je pense, écho.

Je pense ensuite ceci : La philosophie politique ayant donné naissance à ces balises est à partager. À discuter. À mettre à la disposition de ceux et celles qui désirent réellement « tout autre chose ». Je reviendrai plus bas sur les raisons qui me font dire qu’il conviendrait, je crois, de partager largement cette philosophie politique.

D’abord, des détours. D’autres échos de cette soirée.

 

ACTIONS DIVERSES

Lors de la soirée, il y a eu tous ces témoignages. Toutes ces personnes, notamment, qui ont pris la peine de nous exposer leurs actions, leurs réflexions. Il y a eu de tout : Cette dame au chômage qui organise deux fois la semaine, en matinée, une distribution de café sur les places de la ville ; cette dame venue de Flandre nous parler de l’allocation universelle ; cette dame nous disant combien elle se sentait perdue, ne sachant comment se mettre dans l’action, se mettre dans l’agir ; ces syndicalistes nous disant combien la lutte ne tiendra pas si elle se contentait d’actions « bisounours » ou nous rappelant combien il est important de ne pas perdre de vue le fait de lutter contre tout type de pouvoir ; ces messieurs nous disant combien il serait important d’apprendre à baliser les discussions, d’apprendre comment faire émerger des choses d’une discussion collective, sous peine de perdre l’élan, l’énergie mobilisatrice ; cet homme qui nous disait combien, pour lui, la question fondamentale était la démocratie, à repenser, réinventer ; cet homme pour qui il était important que Namur se dote d’un lieu de rencontre, point de partage, où chacun viendrait, librement, échanger son point de vue, discuter ; cette dame nous exposant sa lutte contre le traité transatlantique, etc.

Je pense ceci : Ces luttes sont très diverses. Peut-être n’est-il pas important de réellement les fédérer. Peut-être vaut-il mieux les laisser être, agir à leur guise. Peut-être qu’ainsi elles seraient d’ailleurs plus efficaces. Plus vitales.

Je pense ensuite ceci : Derrière toutes ces luttes, il y a un « ennemi commun ». Une logique mortifère à l’oeuvre. Peut-être que ce qui nous a tous rassemblés hier soir, associations, quidams, curieux, curieuses, c’était la perception diffuse de cet « ennemi commun ».

Je pense alors au jeu de go, ce jeu d’échec japonais. Le but en est de se bâtir des territoires. Il convient, pour se faire, d’user de tactiques et de stratégie. Les tactiques, ce sont les luttes au corps-à-corps. La stratégie, c’est ce qui coordonne ces luttes éparses. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-être ceci : nos luttes pour sauver les arbres d’un parc, nos luttes contre l’austérité, pour sauver nos emplois, nos luttes contre les exclusions du chômage, nos envies de manifestations collectives et ludiques, de défilés festifs, etc., sont des luttes éparses, diverses, au corps-à-corps. Elles manquent encore, je crois, d’une stratégie. D’une logique qui insisterait sur la continuité de ses luttes. D’une pensée qui, réellement, les rassemblerait.

Prenons deux exemples : La campagne d’affichage et de photographies devant les CPAS à l’occasion de la lutte contre les exclusions du chômage ; le désir d’une parade festive. Deux actions très concrètes. Percutantes. Médiatiques. Etc. Deux actions qui montrent et disent parfaitement nos désaccords. Nos envies de « tout autre chose ». Deux actions qui sont des luttes, très concrètes, au corps-à-corps, contre les décisions d’un gouvernement très à droite. Pour moi, y manque pourtant quelque chose. Une logique. Une cohérence. Une philosophie politique.

Je pense ceci : Les actions envisagées sont spectaculaires, affichent clairement nos refus. Sont de l’ordre d’un « non » salutaire et essentiel mais ne disent rien de « tout autre chose ». Ne renvoient pas, a priori, à une logique de société « autre ». Les actions envisagées valent pour elles-mêmes. Ne renvoient pas, a priori, si l’on se borne à entendre ce qu’on en dit dans les médias, à une stratégie visant à mettre en place « tout autre chose ».

Dit autrement : Si les discours qui accompagnent nos actions se bornent à dire que nous voulons « tout autre chose », si les discours qui accompagnent nos actions ne démontent pas la logique dominante, ne cherchent pas à dire une logique « autre », nos actions seront toujours en retard. Des coups « après coup ». C’est « après » les déclarations du gouvernement d’exclure massivement du chômage que nous réagissons. C’est « après » la divulgation des négociations sur le traité transatlantique que nous réagissons. Etc. Nous avons souvent un ou deux coups de retard.

Je me demande : Est-il possible de concevoir des actions, d’agir, à l’avance ? De devancer « l’ennemi commun » ? De ne pas être dans son sillage mais devant lui ?

Je pense alors ceci : Je vois derrière nos balises toute une philosophie politique. Toute une façon de concevoir la lutte. Une réelle stratégie. Il me semble important de partager cette stratégie. Qu’elle nous fournisse les arguments pour défendre et présenter nos actions dans les médias. Pour faire en sorte que nous ne soyons pas constamment à la traîne.

Je crains en effet ceci : À force de courir derrière, nous risquons fort de ne jamais parvenir à « tout autre chose ».

 

DES LIVRES

Je pense alors ceci : Fin de l’année, j’aurai 50 ans. Il m’aura fallu attendre tout ce temps pour réfléchir, un peu, au monde dans lequel nous sommes. Oser enfin penser et dire que tout ceci, je n’en veux pas. Je commence seulement à lire des ouvrages traitant de tout cela. De cette philosophie politique. Je n’ai aucune expérience syndicale. Aucune expérience de parti. Je suis foncièrement et obstinément un loup solitaire. Mais je peux penser. Je peux dire que je pense. Je peux partager mes pensées. Les donner à lire ou à entendre. Je peux dire aussi qu’il existe aujourd’hui des livres essentiels pour penser le monde. Trouver une stratégie. Inventer ou réinventer une philosophie politique. En voici quatre :

À nos amis, du Collectif Invisible

Crack Capitalism, de John Holloway

Comment prendre le pouvoir (sans prendre le pouvoir), de John Holloway

La vie sur terre, de Baudouin de Bodinat

Nul doute : il y en a beaucoup d’autres. Certains du sous-commandant Marcos sont les prochains sur ma liste. L’un ou l’autre de Jérôme Baschet également. À suivre, donc…

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5 réflexions sur “où l’on donne à lire 2 ou 3 réflexions après la présentation de « tout autre chose » à namur

  1. Une volée de pensée, oui. Les bonnes, celles qui ne demandent plus qu’à voir mais à faire après s’être laisser endormir ou retarder. Je pense toujours au combat du Larzac, quelques paysans et des centaines d’actions au fil des ans, des centaines et des milliers de soutiens, pas baiser les bras, arracher les piquets, voler les dossiers en préfecture, s’allonger au milieu de la route et empêcher les travaux publics de passer, de continuer, sans armes, sans affrontements voulus, dans la non-violence, en se forçant, en se motivant en s’impliquant dans la non-violence, une action de chaque jour, mais il y avait alors un ennemi et un lieu réel à défendre, voilà ce qu’ils en disent : « Le facteur décisif de la victoire a sans nul doute été la capacité de faire droit à la porosité des idées des autres : objecteurs de conscience, insoumis, maoïstes, trotskistes, compagnons de Lanza Del Vasto, hippies… La faune militante était hétéroclite, et certains n’auraient pas mieux demandé d’instrumentaliser le combat pour satisfaire leurs propres objectifs de révolution. Mais la recherche de consensus a toujours été privilégiée, partant du principe qu’un vote à une courte majorité faisait des mécontents qui ne pouvaient s’approprier les décisions. Le Larzac a été également une intense période de palabres et de réunionite, où l’on faisait le paysan quand l’on pouvait, comme dit l’un deux. » J’aime dans ce témoignage l’idée du consensus, vieille idée politique à la limite de l’utopie sauf si on a la patience…. Aujourd’hui quand ce sont les droits au chômage, les droits au logement, l’accès à la culture qui sont repris, rognés on se trouve avec du sable dans les mains. Alors bravo pour les mises en œuvres collectives, les envies ici et là de réagir ensemble, dans la parlotte, le réunionite, la palabre mais ensemble ! Il y a aussi à regarder du côté de Barcelone et des centres autogérés, les projets petits mais costaud fleurissent, grandissent, se ramifie, à un moment c’est sûr ça va se voir ! Bises !

  2. C’est un texte bien écrit. Sauf : <> Ces syndicalistes c’est moi. Et l’auteur du blog a confondu ce qu’il pense de ce qu’il a entendu. Je ne suis pas un anarchiste (lutter contre tout type de pouvoir). J’ai soulevé la question du pouvoir politique. En Grèce ils ont fait 18 grèves générales sans résultats probants. Il aura fallu que SYRIZA arrive au pouvoir pour que les choses commencent à changer. Evidemment je me suis senti bien seul, ou presque, dans cette assemblée de gentils démocrates qui pensent lutter contre un gouvernement de droite dure en faisant des balades à vélo.

    • Bonjour Freddy, et merci pour votre commentaire et de la précision des choses. En fait, je n’avais pas l’intention de rendre compte de ce qui s’est dit, lors de la réunion mais plutôt de proposer diverses pistes de réflexions, avec lesquelles, évidement, on peut être d’accord ou non. Je pense ceci en fait : vous, syndicaliste(s), vous avez l’habitude de lutter au corps-à-corps, de négocier les choses pour que cela se passe, si possible, au mieux. Ces luttes-là sont nécessaires, bien sûr. Mais je pense aussi : force est de constater que ces luttes au corps-à-corps sont toujours « après coup » : « après » les mesures proposées, « après » les déclarations d’intention. Du coup, vu de l’extérieur (je ne suis absolument pas syndicaliste, ne suis en tant que tel d’aucun parti, ne suis qu’un « citoyen », rien d’autre), ça me donne parfois l’impression que l’agenda, c’est toujours les personnes qui tirent les ficelles du pouvoir qui le fixe. Je trouve cela dommage que vos luttes, vues de l’extérieur et à travers l’oeil déformant des médias, manquent de souffle, d’énergie, de rêve (j’utilise ces mots exprès, pour vous provoquer un peu, hein. Pas se méprendre : encore une fois : je vous tire mon chapeau pour vos initiatives, vos capacités réactives, etc.)… Sinon : par rapport aux balades à vélo et aux gentils démocrates : tout à fait d’accord avec vous : si une balade à vélo ou une parade festive ou une action devant les cpas se bornent à n’être que des actions « médiatiques », se bornent à ne dire « nous sommes contre » sans s’inscrire dans une réflexion plus globale (non seulement par rapport à « ce gouvernement de droite dure » mais aussi (à mon avis) par rapport à une « logique de société » dont une des conséquences est de nous diviser, eh bien, « tout autre chose » n’arrivera jamais à rien… Pour la « logique de division » : il suffit de voir comment les grèves et les actions, fin 2014, se sont résumées à un « eux » contre « nous » pour comprendre combien cette logique était à l’oeuvre : dans les discours des médias, dans ceux des hommes et femmes politiques, dans ceux des syndicalistes, des monsieur et madame tout le monde, on n’a eu droit qu’à cela : « eux » contre « nous »… Pouvoir « sortir » de cette logique, ne pas y répondre (en tout cas, chercher à ne pas y répondre), peut-être que ce serait un premier pas pour se placer « avant coup » et non pas « après »… Bon. Concrètement, hein, aucune idée de comment on s’y prend pour « sortir de cette logique »… Mais je pense qu’il y a là quelque chose à « inventer » qui pourrait, vraiment, aller vers tout autre chose… Sur ce, cher Freddy, n’hésitez pas à réagir à mon commentaire : je ne demande qu’à apprendre un peu mieux les rouages de toutes ces choses et, je pense, votre avis est plus qu’utile… Belle journée à vous…

  3. Merci pour cette réponse circonstanciée. Je précise aussi que je ne suis membre d’aucun parti politique et ce n’est pas parce que je suis délégué à la FGTB que d’office on peut me suspecter d’être une « taupe » du PS. D’ailleurs je suis affilié à la Centrale des Métallos de Charleroi. Charleroi est un haut lieu de « l’insurrection » contre le PS. Toute l’interprofessionnelle (toutes les centrales de la région de Charleroi) a déclaré publiquement se distancer du PS qui n’est plus LE relais politique traditionnel et a organisé des réunions de tous les partis de la gauche sauf le PS et Ecolo afin de créer une alternative politique. La FGTB Charleroi n’ayant pas l’ambition de créer un énième leur a dit : réunissez-vous et sortez-nous une force de rassemblement. Ce qui a fini par accoucher de la liste PTB-GO avec le PTB, le PC et la LCR.
    D’ailleurs la FGTB de Tournai a soutenu le PTB-GO et a organisé plusieurs débats très intéressants sur le sujet. La FGTB de Verviers aussi est très à la pointe dans les luttes et a des prises de position très motivantes.
    Evidemment QUI dans la population est au courant de tout cela? La FGTB n’est pas un bloc massif, ça vit à l’intérieur et avec la crise de 2008 et la soumission « naturelle » des partis traditionnels le colère monte dans les rangs syndicaux et les lignes bougent. Le PS a encore des bastions historiques dans certaines régions et certaines centrales mais devant les coups de boutoir du gouvernement « papillon », aggravés par le gouvernement « kamikaze » son influence va se résorber lentement mais sûrement.
    Je dirais donc « à la masse populaire » qu’au lieu d’écouter les mass médias à la solde du pouvoir et de cracher tant et plus sur les syndicats qui sont leur dernière ligne de défense face à l’ultra droite, ils feraient mieux de soutenir les forces de résistance et de progrès dans les syndicats.

    Je reviens vers pour pour la suite de votre réponse

  4. Bonsoir Freddy, et grand merci pour toutes ces précisions, à nouveau ! En effet, qui est au courant de tout cela, comme vous dites ? Toutes ces lignes qui bougent, alors que la FGTB nous est tout le temps présentée comme un bloc indivisible, c’est bon à savoir. C’est très réjouissant. Je suis content que les choses telles que vous les présentez soient plus complexes. Plus nuancées. Plus subtiles. Merci à vous de prendre le temps de partager cela. Belle soirée à vous.

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